« Peut‑être cet état d’esprit, dont pourtant il nous a été donné de trouver la racine pathologique, à savoir son inacceptation de son rôle de femme dans l’amour et dans la société, a‑t‑il eu au moins l’effet salutaire de l’amener à la psychanalyse, qu’elle a confondue à tort dans le bloc des idées démagogico‑rousseauistes à quoi elle était attachée.
Quant à ce qui est de son attitude dans le travail psychanalytique, elle est encore au stade de tension consciente.
Je m’explique.
D’après mon expérience personnelle, il me semble que vis‑à‑vis de la règle fondamentale d’abandon absolu aux associations libres, on puisse schématiquement distinguer trois attitudes du patient :
Tension consciente : le patient, sous prétexte d’associer, discourt, expose des théories, analyse des sensations, suppute des réactions, ratiocine. Et lui‑même s’il a ce moindre grain de bonne foi nécessaire dès le début de la psychanalyse, reconnaît qu’il est comme tendu, qu’il y a en lui une réelle gêne à obtenir l’abandon réel, sans liaisons logiques, que le psychanalyste réclame.
Faux abandon : à ce stade, le patient a plus d’aisance. La tension consciente s’est relâchée, et de fait on voit sortir déjà, par le jeu souple des associations libres, une série de problèmes importants. Pendant des mois, le psychanalyste, au moins s’il n’est pas suffisamment réfléchi ou expérimenté, peut croire qu’il “tient” son patient.
Mais un beau jour, un rêve révèle nettement un manque de sincérité profonde. Le malade est resté hypocrite vis‑à‑vis de lui‑même. On le démasque ; et il arrive à un abandon plus réel.
Mais ce peut n’être pas encore l’abandon absolu. Le faux abandon est non pas un palier, mais un escalier. L’histoire de son démasquement progressif est en somme l’histoire des résistances : et l’on peut se considérer comme bien près du terme de l’analyse quand on a véritablement atteint le troisième stade, l’abandon vrai, dans lequel les associations sont vraiment libres. On voit ici l’intérêt qu’il y a pour le psychanalyste à tenir la main à la règle fondamentale des associations libres, puisqu’au fond arriver a l’observation réelle de cette règle est pour ainsi dire avoir mené la psychanalyse à bien. » (Édouard Pichon, Rêve d’une femme frigide).










