« À ce sujet, nous avons en traitement depuis huit mois, au moment où nous écrivons ces lignes, une femme atteinte de l’obsession que ses dents pourraient s’abîmer et qu’il pourrait devenir nécessaire de les arracher. Cette idée s’accompagnait d’une angoisse intense qui lui rendait la vie absolument intolérable. Sans qu’il nous soit possible ici de donner des détails, il est apparu clairement, dès le début de l’analyse, que cette obsession équivalait à une peur intense de la grossesse et lui servait de substitut conscient. L’origine de la maladie pouvait être rattachée à l’intervention d’un dentiste qui avait arraché une dent de lait avec un davier, vers l’époque de la puberté. D’autre part la malade se rappelait qu’après un accouchement laborieux, pour un frère plus jeune, sa mère avait dit : “J’aimerais mieux qu’on m’arrache toutes les dents que de recommencer”. Tant que l’analyse resta limitée aux préoccupations sexuelles et aux craintes qui y étaient attachées, la malade n’éprouva qu’une amélioration partielle. Plus tard l’arrachement des dents se montra sous l’aspect d’un désir de punition, avec sentiment de culpabilité lié à une fixation paternelle et l’obsession se mit à disparaître. L’analyse put remonter jusqu’aux étapes du sevrage. À ce moment, un symptôme accessoire d’anorexie persistante, plus ou moins négligé jusque‑là, se mit à disparaître à son tour. La malade comprit pourquoi elle aimait tant rester au lit des journées entières et se faire apporter par sa vieille bonne une nourriture généralement liquide ; elle réalisa le désir archaïque de renoncer aux dents pour éviter le sevrage et à partir de ce moment l’amélioration fut totale. Actuellement, l’analyse n’est pas encore terminée mais il y a plus d’un mois que la patiente se trouve dans un état absolument parfait et nous avons tout lieu de penser que celui‑ci se maintiendra.
En résumé, il nous semble que les phénomènes de la dentition présentent des rapports importants avec l’évolution des instincts, spécialement en ce qui concerne la transformation de la libido digestive, captative, introvertie, en libido sexuelle, oblative, extravertie, et l’origine du sadisme. Il y a donc lieu d’attacher une importance considérable à l’image de la chute des dents dans le symbolisme des rêves, du langage, des légendes, des associations d’idées. Il s’agit là d’une fuite devant les responsabilités ou des efforts à venir, d’un certain masochisme en rapport chez l’homme avec l’idée de punition, de castration, chez la femme avec les idées connexes d’accouchement et de viol. Ceci nous‑paraît si important qu’on pourrait décrire un véritable complexe dentaire » (René Allendy, Éléments affectifs en rapport avec la dentition).














