« Mais je veux marquer néanmoins que pour les questions purement libidinales, charnelles, il y a une différence entre les sexes. L’opposition entre les sexes n’est pas une opposition symétrique. Ne croyez pas que l’on puisse dire : je vais vous raconter ce qui se passe pour le garçon, vis‑à‑vis du sexe masculin et du sexe féminin ; puis, nous intervertirons les termes et nous aurons l’image du développement de la fille. Vous avez vu qu’il n’en était pas ainsi avant le complexe d’Œdipe, il n’en est pas non plus ainsi après lui.
En effet, le garçon, lui, normalement, liquide complètement son complexe d’Œdipe au cours de la période de décharnalisation ; il le liquide par cette libération dont je vous ai parlé ; et, très souvent, l’on peut observer une scission très nette entre le sentimental et le charnel, à cause de cette liquidation ; c’est au cours de la période de décharnalisation que nous voyons les grandes amours puériles ; tels garçons, depuis l’âge de cinq ans jusqu’à quinze ans, sont amoureux d’une petite fille et le sont d’une façon où l’élément charnel joue un rôle, mais un rôle souvent très minime ; et, à côté de cela, ils peuvent très bien avoir une histoire charnelle, constituée, en particulier, par de la masturbation secondo‑tertiaire, soit sans images, parce que refoulement et censure, soit avec des images de femme âgée, représentant plus ou moins la mère et n’ayant pas de rapport avec la petite fille sur laquelle s’est porté un amour beaucoup plus décharnalisé, mais déjà beaucoup plus viril socialement. Plus tard, un tel garçon refera progressivement, au cours de son évolution proprement sexuelle, la réunion du désir charnel et de la tendresse protectrice. Alors, il passera, dans des stades érotiques nouveaux, par des expériences amoureuses et, enfin, arrivera à une fixation convenant à la finalité amoureuse de son sexe, à une fixation active, dans laquelle il prendra finalement une femme, comme son père avait pris sa mère.
Chez, la fille, au contraire, se montrent deux phénomènes importants, caractéristiques du sexe féminin ; ils ont été bien vus par Madame Marie Bonaparte, qui, comme vous le savez, a particulièrement étudié l’évolution de la sexualité féminine.
D’une part, quant au côté charnel : au déclin du stade phallique, quand la volupté clitoridienne, tout en gardant le caractère spécifiquement exquis qui la caractérise physiologiquement, perd sa primauté psychique, la lagnie féminine manque de centre précis ; le centre précis où la femme localise ultérieurement le bonheur psychique d’être possédée, à savoir le vagin, ne se révèle, la plupart du temps comme véritablement lagnique, qu’au moment de l’exercice du coït mais, il y a, entre la période clitoridienne phallique, dont je vous ai parlé, et le développement de cette volupté vaginale une très grande lacune pendant laquelle il y a un manque de centre précis pour l’élément lagnique et où se développe, chez la femme, un narcissisme de tout son corps, une sorte de diffusion de l’élément lagnique et même de l’élément érotique ; et à ceci correspond un fait social, c’est que, dans nos sociétés occidentales la beauté qui, au moins pour les classes supérieures de la société, ne joue pas de rôle effectif en ce qui concerne la valeur de l’homme, joue au contraire un rôle capital en ce qui concerne la valeur de la femme » (Édouard Pichon, À l’aise dans la civilisation).













