« Bien avant l’avènement de la psychanalyse, des observateurs tels que Binet avaient pu ramener les aberrations sexuelles de l’adulte à des impressions enregistrées précisément vers l’âge de cinq à six ans. Il y avait pourtant quelque chose où la raison se heurtait le manque de force traumatisante des impressions fixatrices, leur caractère le plus souvent banal et sans valeur excitative pour les autres hommes. Il était impossible de dire pourquoi les appétences sexuelles s’étaient justement fixées sur elles. Leur signification n’apparut que quand on comprit qu’elles avaient fourni à la composante sexuelle trop avancée et prête à l’essor, le prétexte accidentel, mais nécessaire à sa fixation. Il fallait bien s’attendre à se voir arrêté quelque part, au moins provisoirement, dans la remontée du cours de l’enchaînement causal. La constitution était ce point d’arrêt.
Si la composante sexuelle qui s’isole précocement en devançant les autres est la composante sadique, nous pouvons, d’après ce que nous savons par ailleurs nous attendre à ce que son refoulement ultérieur crée une prédisposition à la névrose obsessionnelle. Or, il ne semble pas que le résultat fourni par l’examen clinique contredise ici cette hypothèse. Parmi les six observations (4 femmes et 2 hommes) sur l’étude approfondie desquelles cette courte étude est basée, il y avait deux cas de névrose obsessionnelle : le premier très grave, désorganisant toute la vie da malade ; le second moins grave, facilement accessible à l’intervention. Un troisième cas présentait au moins quelques traits nets de névrose obsessionnelle. Certes, le quatrième cas n’était qu’une simple hystérie avec des douleurs et des inhibitions et dans le cinquième cas, l’on n’avait recouru à la psychanalyse que pour des indécisions : un diagnostic clinique grossier aurait ou bien laissé ce sujet hors de tout classement, ou bien s’en serait débarrassé en en faisant un “psychasthénique”. Que cette statistique ne nous déçoive pas toute prédisposition n’évolue pas nécessairement vers une maladie définie et en outre, nous devons nous estimer contents d’expliquer les faits positifs, sans nous croire obligés de préciser pourquoi telle ou telle chose n’est pas arrivée.
Voilà exactement jusqu’où nos connaissances actuelles nous permettent d’aller dans la compréhension des fantasmes de fustigation. Que cela ne constitue pas la liquidation définitive du problème, le psychanalyste l’entrevoit en reconnaissant que ces fantasmes semblent rester en dehors du reste du contenu de la névrose et ne pas occuper une place précise dans la structure de celle‑ci. Mais je sais, par ma propre expérience qu’on néglige volontiers de pareilles impressions.
Au fond si l’on voulait être rigoureux — et pourquoi ne pas l’être dans la mesure du possible ? — il ne faudrait reconnaître une psychanalyse comme correcte que quand elle aurait réussi à lever le voile d’amnésie qui cache à l’adulte les années anciennes de son enfance de deux à cinq ans environ.
C’est là une règle qu’on ne proclamera jamais assez souvent, ni assez haut aux analystes » (Sigmund Freud, On bat un enfant).




