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Vraie et fausse psychanalyse - Séminaire 2011-2012

Le conscient et l’inconscient : l’infini nie l’un fini

24 novembre 2011 (3e séance)

Date de mise en ligne : mercredi 30 novembre 2011

Auteur : Guy MASSAT

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Guy Massat, « Système conscient et système inconscient », Vraie et fausse psychanalyse, Séminaire 2011-2012, 3e séance du jeudi 24 novembre 2011.

Système conscient et système inconscient

« Les électrons n’ont pas de substance. »
Pauli (Principe d’exclusion).

Quelqu’un, la dernière fois, a évoqué le Tao te king en lançant la première phrase du poème 56 pour contester, me semble-t-il, l’importance que nous donnions à la parole. Il s’agit là d’un célèbre adage : « Celui qui sait ne parle pas, celui qui parle ne sait pas ». Vous vous souvenez ? « Celui qui sait ne parle pas ». Mais celui qui sait quoi ? Le nom du père ? Que l’être est ? Ce qui fait de lui un « non-dupe » ? En bref, le savoir ontologique, le savoir selon le conscient ? Par exemple, combien font deux et deux ? Si ce genre de savoir ne parlait pas, il n’y aurait pas de transmission des connaissances, les besoins et les demandes resteraient dans l’insatisfaction. Il n’y aurait pas d’histoire. La vie serait sinistre et morte. Deuxième partie de l’adage : « Celui qui parle ne sait pas ». Comment l’ignorant, celui qui ne sait pas, pourrait-il parler ? S’il ne sait pas combien font deux et deux, comment pourra-t-il le démontrer ? On ne peut parler que de ce que l’on connaît, pas de ce que l’on ignore. Avec Lao tseu, comme avec les grands penseurs, il vaut mieux avoir bien cultivé la différence entre le système inconscient et le système conscient

Reprenons, celui qui sait quoi ? Selon le système inconscient, que tout est illusion, fantasmes, fantasmagories, bien sûr, qu’il n’y a que des mots et non pas des choses. C’est ça le savoir dont il s’agit pour Lao tseu. Celui qui sait ça, Lao tseu l’appelle « le saint ». Et Lacan l’appelle aussi « le saint », le psychanalyste, celui qui « décharite » (Télévision, p. 28). Car qu’est-ce qu’il y aurait à rajouter ? Tout n’est-il pas vide depuis le commencement ? L’inconscient est la béance originelle qui ne parle, dans les séances psychanalytiques, que lorsqu’on garde le silence. L’analyste ne répond jamais au conscient de l’analysant. En revanche, celui qui ne sait pas que tout est illusion parle pour accroître les informations conscientes en espérant trouver la vérité de la vérité là où elle ne s’y trouve jamais. Se trompant ainsi de registre, il ne rencontre que des symptômes. Pas besoin de les punir, leur vie est une punition. Comme dit Lacan : « L’hypothèse freudienne de l’inconscient suppose que l’action de l’homme, qu’il soit sain ou malade, qu’elle soit normale ou morbide, a un sens caché auquel on peut aller » (L’Éthique, p. 360). Conclusion, psychanalyse et Tao te king : même posture. Rappelons que Tao, 道, signifie « dire », « parole » et non pas exclusivement « voie », à quoi on voudrait le réduire.

Topologie

Si le vide est sans fond il se ferme sur lui-même. On ne peut pas plus le traverser que s’il était un mur. Ainsi, en profondeur, le monde, notre monde ou votre monde, n’existe pas. Il n’est qu’un rond qui tourne sur lui-même. Même si ce rond, dynamique et plastique, peut se soumettre à toutes sortes de croisements compliqués, il n’est qu’un nœud trivial, celui de la parole : O. Le m’onde, pourrait-on écrire, le m’onde flottant, comme disent les japonais. « O, suprême clairon plein de strideurs étranges, (clairon, plein de clés et de ronds). Silence, traversé des m’ondes et des anges » (Rimbaud, « Sonnet des Voyelles« ).

Si l’on fait parler le mot parole, en retournant sur lui-même, en le subvertissant, ça donne : Pas, mouvement, rôle, roue = parole. « Toute parole est un nœud. » Comment ça ? Qu’est-ce qu’un nœud ? « Un nœud est une courbe fermée sur elle-même. Comment se ferme-t-elle ? Sa fermeture est un nœud premier à trois croisements. Cette fermeture c’est le Réel. « L’inconscient c’est le Réel », nous dit Lacan (R.S.I, p. 153) et : « Le Réel ne commence qu’au chiffre 3 » (R.S.I., p. 129). Le mot « un » en français est fait de deux courbes, qui, si on les combine, forment un nœud premier lequel est à la fois un seul rond et trois parties. Ça ne plait pas aux philosophes.

« Si l’on subvertit le trois par le deux, c’est que l’on a une pensée fausse de l’un » explique justement Alain Badiou (Il n’y a pas de rapport sexuel, p. 125) « La philosophie refuse que le trois soit originaire » (id., p. 124).

« Y’a de l’un »

Le « y’a de l’un de Lacan, a bien vu et compris Alain Badiou, même s’il le conteste, « est une subversion radicale de la thèse spéculative et philosophique, l’Un est » (id., p.126). La philosophie admet le changement mais à condition que ce soit l’être qui le traverse. Rien n’est plus stable que le changement, disent-ils pour retrouver l’immobilité de l’être. En revanche, le un topologique de Lacan, l’un triple, c’est le un d’Héraclite, l’un antiphilosophique : « Communs sont sur le cercle commencement et fin » (Héraclite, frag. 103). « La loi, c’est d’obéir à la volonté de l’un » (frag. 33). « L’un, le seul sage, veut et ne veut pas être appelé du nom de zen (zeus = zen enoma) » (frag. 32). Quand on ouvrit le tombeau de Bodhidharma on ne trouva qu’une seule sandale : la roue qui roule ne s’appuie que sur un seul point, 履. Une seule sandale signifie marcher, aller, en ne s’appuyant que sur un seul point qui n’est jamais le même, comme le fait une roue. C’est cela le un hors de toute psychologie du moi, l’un d’Héraclite et de Bodhidharma, l’un de Lacan, plus un et plus vrai que l’un statique des philosophes. « La nade est la porte d’entrée qui se désigne du manque » (Ou pire, p. 112). C’est le « nexistun » comme il est dit dans l’Étourdit (A. E., p. 465). Le un des philosophes Lacan l’appelle aussi « l’unien », parce que c’est l’anagramme d’ennui (Ou pire, leçon du 15/3/72).

C’est la parole produit des lieux

La parole de l’inconscient précède toutes les autres. Toute droite considérée comme infinie à ses extrémités est un cercle (Desargues, R.S.I., p. 172). Topologie signifie logos, la parole, qui produit des topos, des lieux. Un lieu est un nœud. Un nœud circonscrit, un emplacement, un lieu dit, comme par exemple le nœud trivial : O. On représente l’ensemble vide par un cercle barré ce qui montre que toute barre à l’infinie est un cercle, comme le pensait Desargues, le mathématicien de Descartes. Tout nœud trivial est englobé par un autre nœud lui-même englobable par un autre qui peut se dire mais non s’écrire. Il n’y a pas de catalogue de tous les catalogues possibles, car il ne peut se compter lui-même comme catalogue sans se réduire à un catalogue qui peut être inclus dans un autre catalogue. Il y a toujours un autre catalogue possible. L’infini est inenglobable. L’infini est un « n’espace » qui parle, n’est-ce pas ? La parole est l’infinie. C’est la puissance de l’infini. Rien ne dépasse la parole. L’infini nie l’un fini. C’est en quoi il parle. Mais l’un fini parle aussi et prétend non sans arrogance finir l’infini. L’un se croit un fini qui ferme à jamais l’infini. Mais l’un ne commence que de son manque. Voilà la source des symptômes. « Le un se constitue du franchissement de l’ensemble vide » (Ou pire, p. 112).

La parole étant séparée du sens (S/s), elle peut signifier le contraire de ce qu’elle exprime. « Oui » peut vouloir dire « non », « chaud » peut vouloir dire « froid » etc. L’antiphrase est une figure de rhétorique : « Nous voilà dans de beaux draps », par exemple ne signifie pas que nous sommes dans des draps de soie, mais exactement le contraire. Comme la litote : « c’est loin d’être tout faux » signifie précisément « c’est tout à fait exact ». Ceci illustre que le dessus d’un nœud peut passer dessous par traversement, sublimation, comme fonction de passe muraille. Ce qui change la nature du nouage. Cette possibilité caractérise les nœuds du langage inconscient. Elle est impossible dans la formation des nœuds de la réalité matérielle. La topologie des nœuds du langage n’est pas la topologie des nœuds matériels.

Ceux qui, inconsciemment, font un nœud de capiton avec A = A, alors que ce capiton n’est valable que dans les fantasmes de la conscience, auront des perceptions du monde et des comportements tourmentés, leurs besoins ou leurs demandes rarement satisfaits. On comprend qu’ils se plaignent de leur destin.

Le Pi kwuan 闭关 et la topologie des nœuds

Pour mieux comprendre la topologie dialectique de l’inconscient, on peut se servir du Pi kwuan de Bodhidharma. Lacan ne compare-t-il pas, dès l’ouverture de son séminaire, la psychanalyse et le zen ? Depuis les Annales de la transmission de la lampe (XIe siècle) on appelle Bodhidharma, qui est le fondateur du Zen, « le brahmane qui contemple le mur ». C’est qu’après sa rencontre avec l’empereur Wu des Liang, Bodhidharma se retira dans une grotte pour faire zazen face aux murs. Les adeptes du vrai zen (Soto) pratiquent traditionnellement, encore aujourd’hui, le zazen face au mur. Mais la grotte de Bodhidharma est l’inverse de la grotte platonicienne. Que signifie Pi kwuan ? « Pi » signifie d’ordinaire « mur » ou « précipice » (Essai sur le bouddhisme zen, Susuki, p. 218). Précipice ? C’est-à-dire gouffre, abîme, profondeur insondable, vide sans fond. Pour que le vide soit sans fond, comme tout ce qui est sans fond, il faut qu’il se ferme sur lui-même. C’est le réel le plus ferme qui soit. Du point de vue pulsionnel c’est le retournement sur soi. Un nœud est une courbe qui se ferme sur elle-même, telle une porte fermée, tel un mur infranchissable. Le caractère kwuan 观, signifie aussi contempler, observer, percevoir. Donc on peut traduire Pi Kwuan par « contempler le vide » en tant que nœud. Contempler « l’(a)mur », l’objet petit a, objet qui n’existe pas mais qui a une fonction, c’est pourquoi on l’écrit entre des parenthèses qui se ferment (a) (Le savoir du psychanalyste, leçon du 6/O1/72). Contempler « l’aléthéia », la vérité-réalité, dévoilée, le réel bref contempler l’inconscient comme une ouverture fermée sur elle-même, O.

Première approche, conforme à la définition du réel (le principe ultime de la vérité-réalité en chinois) par Bodhidharma : Le réel ? dit-il : « un vide sans fond sans rien de sacré » (Pi Yen Lou, traduction Michel Belloni in Tchan, éd. Hermes). Sacré qualifie ce qui appartient à un domaine interdit et inviolable par opposition à profane. L’inconscient est profane. L’ouverture est profane, la fermeture est sacrée. Pi signifie le « mur » du Réel. Le caractère关, celui du mot pi kouan 闭关, a le sens de fermer, par exemple fermer la porte 关门, la verrouiller, ou de renfermer quelqu’un ou quelque chose. L’impermanence, qui n’a pas de terme, pas de fermeture, produit les choses, qui se ferment sur elles-mêmes. C’est le roc de la castration, dit Freud.

Deuxième approche. Au cœur de toute chose il y a l’impermanence, Kouan Xin 观心 (contempler le cœur.) L’impermanence produit toutes choses mais rien ne peut la supprimer. C’est le processus du pulsatile. Mallarmé le dit autrement : « un coup de dé jamais n’abolira le hasard » et Lacan : « L’inconscient est la pulsation temporelle » (Les quatre concepts).

Enfin, fermer, verrouiller, évoque les nœuds topologiques et l’impermanence, c’est-à-dire la parole qui les produits sans qu’aucun d’eux ne puisse l’abolir. De sorte que nous avons tout à la fois le sens de la parole infinie et des nœuds qui se ferment sur ses traces. Ce qui illustre parfaitement la topologie des nœuds de Lacan. Pour allez par delà les résistances, il faut d’abord les éprouver en tant que mur. L’ouvrage de Lacan Je parle aux murs (Seuil) signifie « je parle aux nœuds (les murs) de l’inconscient », je parle Pi kwuan ».

Évoquant le Parthénon, Lacan explique : « Comment imaginer ce qui remplissait les murs du Parthénon… C’est absolument incroyable que nous n’en ayons pas la moindre idée. Par contre, pour ce qui est du vide, nous en avons une grande, parce que tout ce qui nous est resté légué par la tradition qu’on appelle philosophique fait une grande partie au vide » (p. 88). Ce texte fait résonnance au fameux « trouble de la mémoire sur l’Acropole » quand Freud raconte son sentiment d’irréalité devant ce qu’il voit.

La parole c’est le vide (Heidegger) et les nœuds sont son écriture. D’où la topologie lacanienne. La parole produit et traverse n’importe quel nœud et transforme son nouage en un autre, sans qu’elle ne se laisse jamais enfermée. C’est cela l’interprétation, la compréhension. Telle est la topologie de l’inconscient, clinique lacanienne des nouages de la parole par ses néologismes. Cette topologie est l’écriture des événements formés et transformés par la parole, c’est-à-dire la règle fondamentale de la cure psychanalytique, l’association libre des mots ou, avec Lacan, la méthode des néologismes. Le néologisme, « alchimie du verbe », a la même efficacité pour le système inconscient que la chimie pour les organismes. D’une certaine manière c’est la pratique incestueuse des mots et la pratique de leur libération. En effet, dans le néologisme on sacrifie la fonction communicative du langage, autrement dit on tue le père, le sens, et l’on jouit de la fonction expressive du mot, la mère, ou inversement. La psychanalyse et le zen ne proposent pas des conceptions du monde, mais bien plutôt des conceptions de l’immonde, en tant que l’immonde est ce qui révulse la conscience, comme dit Freud. Le néologisme se base sur le son. C’est par sa résonnance que le néologisme transforme le sujet et le système inconscient. « Moi l’avérité, je parle ». « Il n’y a pas d’Autre de l’Autre ». C’est la dialectique du fini et de l’infini, du zéro et de l’infini que traduit si bien le nœud du fantasme où le zéro se transforme topologiquement en infini, et l’infini en zéro. Rien de plus ouvert aux transformations et à l’écoute des autres. Ça permet de mieux faire face aux malaises contemporains, aux misères modernes, jusqu’aux progrès techniques, et aux transmutations des m’ondes.

C’est dans « Les annales de la transmission de la lampe » (Xe s.) que l’on trouve la première définition du zen, en quatre points qui s’apparentent à la psychanalyse : 1/ une transmission spéciale en dehors des écritures (la psychanalyse aussi). 2/ Aucune dépendance à l’égard des mots et des lettres (la psychanalyse aussi). 3/ Plongez directement dans le cœur (l’inconscient pulsatif) de l’homme (l’association libre est la méthode directe pour plonger dans l’inconscient) et, 4/ réaliser l’éveil (éveil a pour étymologie wag, qui signifie vigueur du latin vigor qui signifie : force vitale, par quoi on désigne aussi en grec Psyché (le souffle vital).

Comme dit Freud « le psychisme est l’inconscient ». Comment plonger directement au cœur de l’homme, l’inconscient ? C’est simple : Abandonnez tout sentiment de responsabilité, abandonnez tout sentiment d’identité, abandonnez toute conscience morale, renoncez aux appuis de la raison, de la volonté, de la pensée, renoncez aux refoulements, aux transferts, aux répétition, à toute forme de culpabilité, et de petits bénéfices, soyez sans soucis pour ce qui peut vous arriver, vous expérimenterez alors, comme malgré vous, une jubilation et une liberté des plus satisfaisantes, et de plus, les biens particuliers auxquels vous aviez cru sage de renoncer vous seront offerts, opportunément, comme par hasard. Et vous saurez ce qu’est la force de l’éveil.

Si nous délivrons la psychanalyse et le zen des puanteurs de l’esprit, de la spiritualité et autres conceptions plus ou moins fumeuses et métaphysiques, nous comprenons directement l’enseignement de Lacan, depuis l’ouverture de son premier séminaire, qui dura vingt six ans, jusqu’à la fin de sa vie où il pratique la séance abrupte (tels les koans du zen) c’est-à-dire « la séance réduite à un instant ». « Lacan, nous dit Roudinesco, avait transformé la séance d’analyse en une épiphanie qui simulait l’instant de la mort… Expérience qui renvoyait chaque analysant au néant existentiel d’une temporalité défaite : celle d’une séance réduite à un instant » (Lacan envers et contre tous, p 145). En revanche, le fait d’assister à son séminaire était considéré à une séance longue (p. 111).

Lacan pratiquait le khât, du Zen. C’est encore l’historienne de la psychanalyse qui l’atteste après mainte vérifications : « Lacan émettait des bruits à la limite de l’humain, parfois » (Lacan, envers et contre tout, p. 74). Dans le zen le khât (kh, comme dans l’allemand ach, et à la finale, un t implosif) est une éructation surprenante qui a pour effet de ramener le sujet au réel. « Lin tsi passe pour en avoir été le virtuose, sinon l’inventeur) » (Lin tsi, p. 26). Dans Encore (p. 1O4) Lacan explique : « Ce qu’il y a de mieux dans le bouddhisme, c’est le zen, et le zen ça consiste à ça : à te répondre par un aboiement, mon petit ami. C’est ce qu’il y a de mieux quand on veut sortir de cette affaire infernale (la conscience) comme disait Freud. »

Wo es war soll Ich werden

Cette formule résume la psychanalyse. Lacan en souligne ainsi l’importance dans ses Écrits (p. 524) : « La fin que propose à l’homme la découverte de Freud, a été définie par lui à l’apogée de sa pensée en ses termes émouvants : Wo es war soll Ich werden , là où fut ça je dois advenir. Cette fin est de réintégration et d’accord, je dirai de réconciliation. »

Réconciliation avec qui ? De réconciliation avec l’inconscient. En revanche, la traduction américaine, traduction qui caractérise l’égo psychologie et la fausse psychologie et qui affirme que : « Le moi doit déloger le ça », Lacan la qualifie « d’ordurière » « On ne peut que se demander quel démon a inspiré l’auteur quel qu’il soit de la traduction qui existe en français, à produire en ces termes : Le moi doit déloger le ça » (p. 418).

C’est le sujet de l’inconscient qui doit advenir. Il ne s’agit pas du moi conscient. Sinon l’inconscient n’aurait qu’une valeur résiduelle et l’on pourrait s’en passer. On ne peut lire Freud que contre et en dehors de toute psychologie du moi. « Là où c’était, à l’instant même, entre cette extinction qui luit encore et cette éclosion qui achoppe, Je (sujet) peux venir à l’être de disparaître de mon dit », résume Lacan pour dévoiler l’autonomie et le dynamisme de l’inconscient (Écrits, p. 801).

Le sujet de l’inconscient relève du principe de non-identité, il ne correspond pas à lui-même contrairement au sujet du conscient qui correspond statiquement à lui-même, selon le principe A = A. L’identité ne dépend que de la parole du sujet de l’inconscient. Voici des exemples qui en donnent une illustration amusante : « Quelqu’un téléphone à Lacan : Allo Lacan ? — Certainement pas, répond-il, et il raccroche. » (Allouch, EPEL). Il n’a pas répondu : « C’est moi, 100%, comme on le fait tous. Pire encore, les circonstances firent que : « Lacan mourut sous un faux nom, le 9 septembre 1981 à clinique Hartmann des suites d’un cancer du colon qu’il n’avait jamais voulu soigner, nous rapporte Roudinesco (Lacan envers et contre tous, p. 175). Lacan fut enterré sans cérémonie et dans l’intimité au cimetière de Guitrancourt. Conformément à l’inconscient, il aurait pu dire : « je ne suis pas celui que je suis ». Il n’y a pas à se forcer puisque comme disait Gorgias : « rien n’existe de tout ce qui est ». Ce que Lacan résumait en un mot « nulnest » (« L’Étourdit », AE, p. 465). Il y forcément différentes manières d’aborder la pensée de Lacan, à condition, bien sûr, de ne pas étourdiment rejeter l’inconscient. Rien n’est maître du destin, pas même le destin. Reste, que comme dit Héraclite : « Tout est mesure du destin (frag. 137). « Allo, Lacan ? Certainement pas ! »

P.-S.

Suite du séminaire le jeudi 29 décembre 2012 à 20h. Thème : La parole de l’inconscient

Qu’est-ce que la parole ? « La parole c’est l’abîme », nous dit Heidegger dans Acheminement vers la parole. Si la parole est le vide, elle est acheminement : a-cheminement, c’est-à-dire sans chemin. Étant sans chemin elle a tous les chemins, comme dit Sophocle dans Antigone. Ou encore, cheminement du (a), de la fonction () de l’objet a. En tant qu’« a-cheminement », la parole est « le foncier non-sens de tout usage du sens » (Barbara Cassin, « Il n’y a pas de rapport sexuel » p. 39). Comme cheminement du (a) c’est la parole de l’inconscient ainsi que l’enseigne Lacan. « Le chemin est la parole » comme l’énonce tout ensemble le caractère chinois Tao, 道. Un point est un nœud premier. Le nœud premier est un trou qui précède ses bords en trois dimensions. C’est le un de Lacan comme subversion radicale du « un » philosophique. Telle est la parole de l’inconscient qui précède toutes choses…

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