je continue la dégustation très lente de mes livres, et imagée de l'oeuvre issue d'un entretien entre Pierre Bergounioux et Michel Gribinski que j'ai déjà cité.
Citer :
Je pouvais étendre l'inventaire, pour quittance et solde de tout compte, à la réalité profonde du sol qui nous porte et pénètre, par capillarité nos fibres les plus intimes. Ou bien les humeurs contrastées attachées aux quatre horizons, la couleur changeante des divers "côtés" demeureraient ce qu'elles avaient toujours été, une passion triste dans trois cas sur quatre, une ineffable fête pour le dernier, ou bien j'en connaîtrais la raison et rien ne serait plus pareil. Avoir l'explication d'une chose donne la possibilité d'agir efficacement sur elle, de la modifier, de la détruire si nécessaire, si elle nous est contraire, et, quand cela ne se peut pas, de se ressaisir dans toute la mesure du possible. L'acte de conscience est arrachement, néantisation, recul et reprise. On cède à l'objet, au monde, cette partie de nous-même sur laquelle il exerce une emprise nécessaire, inévitable mais ce n'est plus la totalité de notre être qui lui est aliénée. La partie qui sait, qui a connaissance de la chose, conscience, s'est reconstituée à l'écart. Elle observe et respire à distance.
Pierre Bergounioux enseigne la littérature à l'Ecole des Beaux-Arts. Michel Gribinski (par lequel j'ai connu l'ouvrage) est médecin et exerce la psychanalyse à Paris.
(p 44-45, Où est le passé, Entretien avec Michel Gribinski, Pierre Bergounioux, Editions de l'Olivier, 2007)