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Alfred BINET

Le culte d’une qualité psychique

Le fétichisme dans l’amour (Chapitre III)

Date de mise en ligne : samedi 6 septembre 2003

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Le culte d’une qualité psychique. - L’amour de Rousseau pour Mlle Lambercier. - Caractéristiques de cet amour. - Exhibitionnisme. - Observation de Tarnowski. - La volupté de la douleur.

Le culte du fétichiste ne s’adresse pas toujours à une fraction du corps d’une personne vivante ou à un objet inerte ; il peut se porter sur autre chose, sur une qualité psychique.

Une importante observation, due à J.-J. Rousseau, fera la lumière sur cette forme raffinée du fétichisme amoureux.

Le fait relaté par Rousseau se rapporte au temps où il fut mis en pension à Bossey, chez le ministre Lambercier, pour y apprendre le latin. Il avait alors huit ans. Notons tout de suite que les perversions sexuelles se forment de bonne heure.

« Je me souviendrai toujours, dit-il, qu’au temple, répondant au catéchisme, rien ne me troublait plus, quand il m’arrivait d’hésiter, que de voir sur le visage de Mlle Lambercier des marques d’inquiétude et de peine ». - Mlle Lambercicr, sœur du ministre, avait alors une trentaine d’année. « Cela seul m’affligeait plus que la honte de manquer en public, qui m’affectait pourtant extrêmement, car, quoique peu sensible aux louanges, je le fus toujours beaucoup à la honte ; et je puis dire ici que l’attente des réprimandes de Mlle Lambercier me donnait moins d’alarmes que la crainte de la chagriner.

« Cependant elle ne manquait pas au besoin de sévérité, non plus que son frère, mais comme cette sévérité, presque toujours juste, n’était jamais emportée, je m’en affligeais et ne m’en mutinais point...

« Comme Mlle Lambercier avait pour nous l’affection d’une mère, elle en avait aussi l’autorité, et la portait quelquefois jusqu’à nous infliger la punition des enfants quand nous l’avions méritée. Assez longtemps, elle s’en tint à la menace, et cette menace d’un châtiment, tout nouveau pour moi, me semblait très effrayante, mais après l’exécution, je la trouvai moins terrible à l’épreuve que l’attente ne l’avait été, et ce qu’il y a de plus bizarre est que ce châtiment m’affectionna davantage encore à celle qui me l’avait imposé. Il fallait même toute la vérité de cette affection et toute ma douceur naturelle pour m’empêcher de chercher le retour du même traitement en le méritant, car j’avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m’avait laissé plus de désir que de crainte de l’éprouver derechef de la même main. Il est vrai que, comme il se mêlait sans doute à cela quelque instinct précoce du sexe, le même châtiment reçu de son frère ne m’eût point du tout paru plaisant. Mais, de l’humeur dont il était, cette substitution n’était guère à craindre, et si je m’abstenais de mériter cette correction, c’était uniquement de peur de fâcher Mlle Lambercier...

« Cette récidive, que j’éloignais sans la craindre, arriva sans qu’il y eût de ma faute, c’est-à-dire de ma volonté, et j’en profitai, je puis dire, en sûreté de conscience. Mais cette seconde fois fut aussi la dernière, car Mlle Lambercier, s’étant sans doute aperçue à quelque signe que ce châtiment n’allait pas à son but, déclara qu’elle y renonçait, et qu’il la fatiguait trop. Nous avions jusque-là couché dans sa chambre, et même en hiver quelquefois dans son lit. Deux jours après, on nous fit coucher dans une autre chambre, et j’eus désormais l’honneur, dont je me serais bien passé, d’être traité par elle en grand garçon ».

- Arrêtons un moment la narration de l’auteur. Il importe de souligner avec quelle précision Rousseau indique la genèse de la perversion sexuelle dont il va maintenant exposer les détails. Ce qui a donné naissance à cette perversion, ou du moins ce qui lui a donné sa forme, c’est un événement fortuit, un accident : la correction reçue des mains d’une demoiselle. En termes psychologiques, on peut dire que cette perversion est née d’une association mentale.

« Qui croirait que ce châtiment d’enfant, reçu à huit ans par la main d’une fille de trente, a décidé de mes goûts, de mes désirs, de mes passions, de moi pour le reste de ma vie, et cela précisément dans le sens contraire à ce qui devait s’ensuivre naturellement ?... Tourmenté longtemps, sans savoir de quoi, je dévorais d’un œil ardent les belles personnes : mon imagination me les rappelait sans cesse, uniquement pour les mettre en œuvre à ma mode, et en faire autant de demoiselles Lambercier ».

- Soulignons encore en passant ce travail de l’imagination, que nous étudierons plus loin sous le nom de rumination érotique des fétichistes.

« Même après l’âge nubile, ce goût bizarre, toujours persistant et porté jusqu’à la dépravation, jusqu’à la folie, m’a conservé les mœurs honnêtes (?) qu’il semblerait avoir dû m’ôter. Si jamais éducation fut modeste et chaste, c’est assurément celle que j’ai reçue... Non seulement je n’eus jusqu’à mon adolescence aucune idée distincte de l’union des sexes, mais jamais cette idée confuse ne s’offrit à moi que sous une image odieuse et rebutante...

« Ces préjugés de l’éducation, propres par eux-mêmes à retarder les premières explosions d’un tempérament combustible, furent aidés par les diversions que firent sur moi les premières pointes de la sensualité. N’imaginant que ce que j’avais senti, malgré des effervescences de sang très incommodes, je ne savais porter mes désirs que vers l’espèce de volupté qui m’était connue, sans aller jamais jusqu’à celle qu’on m’avait rendue haïssable, et qui tenait de si près à l’autre sans que j’en eusse le moindre soupçon. Dans mes sottes fantaisies, dans mes érotiques fureurs, dans les actes extravagants auxquels elles me portaient quelquefois, j’empruntais imaginairement le secours de l’autre sexe, sans penser jamais qu’il fût propre à nul autre usage qu’à celui que je brûlais d’en tirer ». C’est ainsi que, « avec un sang brûlant de sensualité presque dès ma naissance, je me conservai pur de toute souillure jusqu’à l’âge où les tempéraments les plus froids et les plus tardifs se développent ».

- Nous verrons qu’habituellement le fétichisme, quand il est poussé à l’extrême, tend à produire la continence. C’est ce qui s’est réalisé pour Rousseau. D’après ses Confessions, il a joué avec l’amour dès ses premières années, mais il est resté continent jusqu’à trente ans passés. Encore a-t-il fallut, pour mettre un terme à sa continence, que la belle Mlle de Warens, qu’il appelait maman, le prit un jour à part, et lui proposa gravement de le traiter en homme afin de l’arracher au péril de sa jeunesse. Elle lui donna huit jours pour réfléchir à sa proposition ; et, quoiqu’il n’ait pas eu la sottise de la repousser, il chercha tout de bon dans sa tête, à ce qu’il raconte, « un honnête moyen d’éviter d’être heureux ».

Remarquons encore cette singulière prétention de Rousseau de se croire garanti contre toutes les souillures par le fait de sa perversion. Il n’avait cependant conservé que la chasteté du corps, et cette chasteté-là n’a pas beaucoup de valeur, quand celle de la pensée est perdue.

« Non seulement donc, c’est ainsi qu’avec un tempérament très ardent, très lascif, très précoce, je passai toutefois l’âge de puberté sans désirer, sans connaître d’autres plaisirs des sens que ceux dont Mlle Lambercier m’avait très innocemment donné l’idée ; mais quand enfin le progrès des ans m’eut fait homme, c’est encore ainsi que ce qui devait me perdre me conserva. Mon ancien goût d’enfant, au lieu de s’évanouir, s’associa tellement à l’autre, que je ne pus jamais l’écarter des désirs allumés par mes sens ; et cette folie, jointe à ma timidité naturelle, m’a toujours rendu très peu entreprenant près des femmes, faute d’oser tout dire ou de pouvoir tout faire, l’espèce de jouissance dont l’autre n’était pour moi que le dernier terme ne pouvant être usurpée par celui qui la désire, ni devinée par celle qui peut l’accorder. J’ai passé ainsi ma vie à convoiter et à me taire auprès des personnes que j’aimais le plus. N’osant jamais déclarer mon goût, je l’amusais du moins par des rapports qui m’en conservaient l’idée. Etre aux genoux d’une maîtresse impérieuse, obéir à ses ordres, avoir des pardons à lui demander, étaient pour moi de très douces jouissances ; et plus ma vive imagination m’enflammait le sang, plus j’avais l’air d’un amant transi. On conçoit que cette façon de faire l’amour n’amène pas des progrès bien sensibles, et n’est pas fort dangereuse à la vertu de celles qui en sont l’objet. J’ai donc fort peu possédé, mais je n’ai pas laissé de jouir beaucoup, à ma manière, c’est-à-dire par l’imagination. Voilà comment mes sens, d’accord avec mon humeur timide et mon esprit romanesque, m’ont conservé des sentiments purs et des mœurs honnêtes ».

Encore la même prétention bizarre à la chasteté.

« On peut juger de ce qu’ont dû me coûter de semblables aveux, parce que, dans tout le cours de ma vie, emporté quelquefois près de celles que j’aimais par les fureurs d’une passion qui m’ôtait la faculté de voir, d’entendre, hors de sens, et saisi d’un tremblement convulsif dans tout mon corps, jamais je n’ai pu prendre sur moi de leur déclarer ma folie, et d’implorer d’elles, dans la plus intime familiarité, la seule faveur qui manquait aux autres. Cela ne m’est jamais arrivé qu’une fois dans l’enfance avec une enfant de mon âge, encore fut-ce elle qui me fit la première proposition [1] ».

Nous avons reproduit presque in extenso cette observation, que Jean-Jacques s’est laissé aller à conter le plus longuement possible, afin de prolonger son plaisir. Ce sont là d’admirables pages de psychologie. Jamais un sujet n’a décrit une maladie psychique avec plus de finesse et de pénétration. Pour ma part, je tiens cette auto-observation pour capitale ; elle me paraît absolument sincère, car on n’invente pas ces choses-là, quand on n’en a pas la clef ; d’ailleurs l’analyse y reconnaît un grand nombre de détails qui sont caractéristiques du fétichisme amoureux, et que nous retrouverons tout à l’heure chez d’autres malades. Le grand mérite de cette observation est d’être complète ; rien n’est laissé dans l’ombre ; tout est clair, tout se tient, tout est logique.

Avant d’aller au fond des choses, il faut faire une remarque superficielle : c’est que si Rousseau ne s’était pas décidé à l’étonnant aveu qu’on vient de lire, le lecteur des Confessions ne se serait pas douté un seul moment du singulier goût de Rousseau pour les maîtresses impérieuses. On peut lire l’histoire de ses amours avec Mme de Warens, avec Mme de Larnage et tant d’autres : aucun détail ne trahit son goût particulier, malgré le désir qu’il paraît avoir eu de tout dire avec la plus entière franchise. C’est une preuve évidente que les dessous de la passion restent presque toujours ignorés.

Cependant cette histoire de Mlle Lambercier a eu pour épilogue une aventure que Rousseau trouve plaisante et comique. Il raconte qu’en 1728 il allait chercher des allées sombres, des réduits cachés, ou il pût s’exposer de loin aux personnes du sexe dans l’état ou il aurait voulu être auprès d’elles. « Ce qu’elles voyaient, dit-il, n’était pas l’objet obscène, je n’y songeais même pas, c’était l’objet ridicule. Le sot plaisir que j’avais de l’étaler à leurs yeux ne peut se décrire. Il n’y avait de là plus qu’un pas à faire pour sentir le traitement désiré, et je ne doute pas que quelque résolue ne m’en eût, en passant, donné l’amusement, si j’eusse eu l’audace d’attendre ». Un jour, un homme, le voyant dans cette posture, lui donna la chasse. De nos jours, on appelle cela de l’exhibitionnisme.

Ce que le cas de Rousseau offre de bien particulier, c’est l’objet de son obsession. Nous avons vu jusqu’ici des obsessions entraînant les malades vers des parties matérielles du corps d’une personne. Ici, l’objet de l’obsession n’est pas purement matériel, il est en même temps psychique. Ce qu’aime Rousseau dans les femmes ce n’est pas seulement le sourcil froncé, la main levée, le regard sévère, l’attitude impérieuse, c’est aussi l’état émotionnel dont ces faits sont la traduction extérieure : il aime la femme fière, dédaigneuse, l’écrasant à ses pieds du poids de sa royale colère. Qu’est-ce que tout cela, sinon des faits psychologiques ? Il est donc permis d’en conclure que le fétichisme peut avoir pour objet non seulement la belle matière, mais encore l’esprit, l’âme, l’intelligence, le cœur, en un mot, une qualité psychique.

L’observation de Rousseau est si lumineuse qu’elle ne laisse aucun doute dans l’esprit sur la véritable signification du phénomène. Cette variété d’amour, qu’on pourrait appeler l’amour spiritualiste, pour l’opposer à l’amour plastique de nos précédentes observations, a été décrite par nos romanciers contemporains, dont quelques ouvrages sont des morceaux remarquables d’analyse psychologique. Il ne faut pas croire en effet que l’amour, même chez ceux qui ne recherchent que le plaisir, se résume dans la jouissance de la beauté corporelle. Il faut avoir bien peu d’expérience ou bien peu de lecture pour accepter une opinion aussi bornée. La vérité est que ce qui attache à une personne aimée, c’est autant son esprit que son corps. Le talisman par lequel une femme peut charmer n’est pas uniquement dans sa beauté physique, et les femmes le savent bien, car elles ont toujours su à merveille ce qu’il leur importe de savoir. Celle-ci, comme la Rosalba de Barbey d’Aurevilly, séduit par la pudeur raffinée qu’elle conserve ou plutôt qu’elle simule dans les plus grands transports de l’amour ; ses troubles, ses émotions, ses rougeurs virginales, qu’est-ce que tout cela, sinon des qualités psychiques ? Celle-là, comme la Vellini du même auteur, laide, ridée, jaune comme un citron, fascine son amant par la férocité de son amour haineux, toujours prêt à jouer du couteau. Une autre, comme la Lydie de Dumas fils galvanise un ancien amant par l’immoralité provocante des sentiments qu’elle étale devant lui. Ces trois exemples suffisent à prouver qu’en se fixant sur une qualité psychique, le désir sexuel ne s’épure pas toujours.

C’est l’intuition de tout cela qui a fait la profondeur des ouvrages où les romanciers ont décrit ces curieuses variétés de l’amour s’adressant presque uniquement à un état d’esprit de la personne aimée. Ils n’ont pas tous réussi à bien décrire cet amour, mais « ceux qui l’ont tenté en sont restés plus grands ». Maintenant que la formule est connue, on pourrait fabriquer à la douzaine, sur ce thème spécial, des romans plus profonds les uns que les autres.

Il ne s’agit point ici, on le comprend tout de suite, d’un goût platonique, mais d’un attrait sexuel. Beaucoup de gens qui attachent une importance capitale au caractère de la personne qu’ils épousent, se laissent inspirer par un tout autre motif. Je lisais un jour sur un album de jeune fille ce désir banal et cependant bien humain ; Demande : Quel est votre vœu le plus cher ? - Réponse : Épouser une jolie femme qui ait un bon caractère. Ce que l’auteur naïf de cet aveu entendait par bon caractère est facile à comprendre : il n’était pas question d’une qualité psychique qui devait devenir pour lui une cause d’excitation sexuelle ; il s’agissait tout prosaïquement d’une condition qui devait lui assurer la paix de chaque jour.

Tarnowski [2] a publié une observation qui nous paraît ressembler beaucoup au cas de Rousseau ; on peut même dire que c’est le cas de Rousseau amplifié. Il s’agit d’un homme, d’un honnête père de famille, qui, à des époques fixes, quitte sa demeure et va passer un certain temps chez une femme qui, selon un programme dressé d’avance, le soumet à des corrections physiques d’une grande violence. Nous ignorons malheureusement les détails de l’histoire passée de cet homme ; on y aurait peut-être découvert quelque fait expliquant, comme pour Rousseau, son goût pour la flagellation.

Que dire maintenant de ce phénomène étrange, paradoxal, auquel on a donné le nom heureux, mais énigmatique de « volupté de la douleur » ? Nous avons vu Rousseau désirant ardemment trouver une maîtresse qui le frappe, et n’osant jamais avouer sa folie aux femmes qu’il a aimées. Quelle jouissance peut-on trouver dans la douleur physique de se sentir meurtri de coups et dans la douleur morale de se sentir accablé par la colère ou le dédain d’une femme ? Cet état d’esprit, si insolite qu’il soit, n’est pas un fait accidentel ; il n’a rien de spécial Rousseau. Si on lit les mystiques, on reconnaît qu’il y a peu de mystiques qui ne se torturent le corps au moyen de cilices, de cordes, de disciplines, de chaînes de fer. Tel, comme Suso, dominicain du XIVe siècle, s’enferme dans un couvent, et se livre pendant trente ans à des macérations qui affaiblissent tellement son corps qu’au bout de ce laps de temps il ne lui reste plus qu’à mourir ou à cesser ses exercices cruels. Pour aimer, répètent les mystiques, il faut souffrir.

Il y a certainement là un problème bien curieux ; pour essayer de le comprendre, il faut d’abord le limiter. Plusieurs raisons peuvent pousser les mystiques à la recherche de la douleur physique : sous une apparence commune peuvent se cacher des situations absolument différentes. Ainsi, pour certains, les macérations prolongées ont pour but de dompter les désirs de la chair, en l’affaiblissant. D’autres fois, le mystique cherche à s’affaiblir parce qu’il sait qu’après le jeûne et les macérations la divinité lui envoie des visions : en d’autres termes, le régime débilitant favorise les hallucinations et l’extase. Autre raison : la douleur est envisagée comme une offrande à la divinité, dans le but d’apaiser sa colère ou d’assurer sa bienveillance. Enfin, la mortification devient un moyen d’exciter énergiquement l’imagination : son effet sur les images est analogue à celui de la flagellation sur les fonctions sexuelles du viveur usé.

Mais rien de tout cela ne constitue, à proprement parler, la volupté de la douleur ; aucune de ces raisons n’est applicable au cas de Rousseau ; pour comprendre comment on peut arriver à prendre plaisir à sa souffrance, il faut avoir recours à la loi de l’association des idées et des sentiments. C’est cette loi qui, à notre avis, domine la clef du problème.

Grâce à une association d’idées, nous avons vu des objets inertes et insignifiants, comme des bonnets de nuit, devenir un foyer intense de plaisir ; si l’on remplace, dans les mêmes conditions, l’objet inerte par l’acte indifférent d’une personne, l’acte produira également, par association d’idées, une impression agréable. Si l’acte est douloureux, comme la flagellation donnée par une main de femme, il pourra également acquérir, par une association d’idées, la propriété de paraître agréable. Alors, chose bizarre, le phénomène sera à double face. Directement, la blessure faite par la main aimée sera douloureuse - et indirectement, par association d’idées, elle sera voluptueuse ; de là ce double caractère, opposé et contradictoire, du même fait. C’est bien ce qui s’est passé chez Rousseau. S’il aime se courber, se prosterner, s’aplatir devant une maîtresse adorée, s’il appelle les coups d’une blanche main sur son échine, c’est que ces divers actes, quoique douloureux pour la sensibilité physique et morale, ont acquis, par association, la propriété d’éveiller la volupté.

De même que tel malade adore un bonnet de nuit, ou un clou de bottine, lui il adore la souffrance physique causée par une femme. C’est une dernière espèce de fétichisme, ce n’est pas la moins étrange.

Remarquons encore que ce qui donne à ce phénomène un caractère à part, c’est qu’il réside dans l’accolement de deux sentiments contraires. L’acte douloureux en lui-même devient agréable non par les idées accessoires qu’il réveille mais par les sentiments dérivés qui se sont joints a lui. Aussi, la juxtaposition de ces deux sentiments opposés produit-elle les mêmes effets de contraste que la juxtaposition de deux couleurs complémentaires, le vert et le rouge.

Voir en ligne : Alfred Binet > Le fétichisme dans l’amour > Chapitre IV et Conclusion : Définition dernière du fétichisme

P.-S.

Alfred BINET, « Le Fétichisme dans l’amour », Études de psychologie expérimentale, Bibliothèque des actualités médicales et scientifiques, Octave DOIN Éditeur, Paris, 1888, pp. 1-85.

Notes

[1Confessions, partie I, livre I.

[2Inversion du sens génital. (Messager de Psychiatrie, Saint-Pétersbourg, déc. 1884.) Cité par Lombroso.

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