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Sandor FERENCZI

Dégoût pour le petit déjeuner

Revue internationale pour la psychanalyse (1919)


DATE DE PUBLICATION EN LIGNE : samedi 15 avril 2006

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Sandor Ferenczi, « Dégoût pour le petit déjeuner », Revue internationale pour la psychanalyse, Vienne, 1919, vol. V, p. 117.


Dégoût pour le petit déjeuner
Revue internationale pour la psychanalyse (1919)

Beaucoup d’enfants éprouvent un véritable et insurmontable dégoût devant leur petit déjeuner ; ils préfèrent plutôt aller à l’école avec l’estomac vide ; et, si toutefois on les force à manger, il arrive le plus souvent qu’ils vomissent. Je ne sais pas si les pédiatres ont une explication physiologique de ce symptôme, mais j’ai trouvé pour ma part une interprétation psychologique qui est ressortie lors d’une étude psychanalytique.

Dans le cas de ce patient qui a perpétué cette idiosyncrasie jusqu’à l’âge adulte, ce dégoût est à interpréter comme un déplacement du dégoût inconscient devant les mains de sa mère. Très jeune, cet enfant avait déjà acquis un savoir sur les relations sexuelles de ses parents, mais celui-ci a du être refoulé pour cause d’incompatibilité avec ses élans de tendresse et le respect qu’il éprouvait pour ses parents. Toutefois, lorsque le matin, sa mère sortait de la chambre à coucher et venait préparer le petit déjeuner avec les mêmes mains qui avaient pu jouer un rôle lors de ces actions réprouvées - peut-être se faisait-elle même embrasser les mains par l’enfant auparavant -, c’est alors que ce qui avait été réprimé se déplaçait pour venir le dégoûter devant l’aspect du petit déjeuner, sans que la véritable cause de cette idiosyncrasie n’effleure à aucun moment la conscience de l’enfant.

C’est aux pédiatres que revient la tâche d’étudier si cette interprétation s’applique aussi dans d’autres cas, voire pour tous. Ce qui pourrait du même coup nous renseigner sur une thérapeutique à suivre.

En un autre endroit, j’ai déjà fait remarquer l’étrange sentiment de dégoût qui se manifeste dans les actes de cracher et de vomir, lequel semble associé dans l’inconscient, à une tendance coprophile à lécher ou avaler des choses « dégoûtante ». Aussi, faut-il comprendre les crachats et les vomissements comme des formations réactionnelles contre les coprophagies. C’est ce point de vue qui vaut également dans le « dégoût pour le petit déjeuner ».

P.-S.

Texte établi par PSYCHANALYSE-PARIS.COM et traduit de l’allemand par Christophe Bormans à partir de l’article de Sandor Ferenczi, »Ekel vor dem Frühstück« , Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse, Internationaler Psychoalaytischer Verlag, Vienne, 1919, vol. V-117.

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