Psychanalyse-Paris.com Abréactions Associations - 11, rue Fénelon - 75010 Paris / Tél. : 01 45 08 41 10

Accueil du site > Articles > La psychanalyse au bûcher : Préfaces et introduction

Navigation

La psychanalyse au bûcher

La psychanalyse au bûcher : Préfaces et introduction

De nouvelles sorcières pour de nouveaux inquisiteurs


Auteur : Antoine FRATINI, Psychanalyste

Sites Web : Association Européenne de Psychanalyse


DATE DE PUBLICATION EN LIGNE : samedi 28 octobre 2006

Mots-clés : |


ANTOINE FRATINI
La psychanalyse au bûcher
De nouvelles sorcières pour de nouveaux inquisiteurs
* * *
Titre original : La psicoanalisi sotto tiro. Nuove streghe per nuovi inquisitori

SOMMAIRE
- Préface à l’édition française de Jean-Yves Métayer
- Préface à l’édition italienne de Angelo Conforti
- Introduction
- Une affaire judiciaire plutôt instructive
- La psychanalyse aujourd’hui : science ou psychothérapie ?
- De l’éthique du psychanalyste
- Psychanalyse et psychothérapie : une identité forcée
- La psychanalyse est-elle une science ?
- Psychanalyse : la fin d’une science ?
- Amendement Accoyer
- Commentaire à l’amendement Accoyer
- Appendice. — Réglementation des professions de psychologue et psychothérapeute en Italie : Loi « Ossicini ».

Préface à l’édition française
de Jean-Yves Métayer
Membre du Conseil Directif de l´Association Européenne de Psychanalyse,
Président de la délégation française de l´AEP et psychanalyste au Havre

  Que de sentiers battus depuis les recherches de l´homme de science Freud confronté à l´hystérie... Que de livres vendus depuis qu’un psychanalyste ait parlé de notre face cachée : l’inconscient.

La psychanalyse n’est-elle pas en perpétuelle évolution depuis sa naissance ? L´histoire de la psychanalyse dans le monde me semble prouver tant elle est riche de ses courants, de ses écoles, que notre démarche est par essence évolutive. Évolutive pour toujours mieux se rapprocher de la cause.

« Connais-toi toi-même » et pour aller jusqu´au processus d´individuation selon Jung.

Aujourd’hui, Antoine Fratini dans cet ouvrage souhaite attribuer à la psychanalyse un « statut véritablement scientifique ». La psychanalyse est-elle encore dans sa phase de « mise en culture » ? L’avenir nous dira si les psychanalystes que nous sommes auront réussi à s´opposer à « l´état thérapeutique » selon la formule de Thomas Szasz, reprise dans ce livre par l’auteur dans son chapitre « Psychanalyse : la fin d´une science ? »

Freud, Jung, Lacan, Klein, Reich pour ne citer qu’eux, ont laissé à la communauté psychanalytique leurs théories, leurs doctrines. Ensuite, il semblerait que le nouvel analyste, comme il en serait coutume, devrait choisir son camp ! Le nouvel analyste devrait choisir sa théorie ou bien en établir une autre, la sienne... La psychanalyse serait-elle une superposition de doctrines, séparées les unes des autres ? La psychanalyse ne peut se contenter d’être une collection de systèmes non reliés et c’est une des raisons pour lesquelles je réponds positivement à la question posée dans ce livre « la psychanalyse est-elle une science ? ». Oui, la psychanalyse doit être reconnue comme scientifique mais elle doit en même temps, parce qu´elle est scientifique, exiger une qualité de formation des futurs analystes en assurant un enseignement le plus ouvert possible sur les expériences des grands noms du monde de la psychanalyse. Par ailleurs, nous devons insister sur l’essentiel de la formation : l’analyse elle-même. La culture psychanalytique apporte ensuite des éléments de comparaison permettant au jeune analyste d’élargir son champ de compréhension.

La neutralité de jugement doit enfin être garantie dans le cabinet du nouvel analyste. Reconnaissons que certains « psychanalystes » ne remplissent pas cette garantie de neutralité de jugement. Reconnaissons aussi que la politique des clans n´a pas servi à l’évolution de la psychanalyse, bien au contraire. Que ces « petites guerres des théories » soient enfin dépassées et nous pourront y arriver si nous tendons tous vers un comportement scientifique respectant nos spécificités. Pour reprendre une expression d´Antoine Fratini, ne tombons pas dans le « chaudron » des psychothérapies ! Et j´ajouterai que ce chaudron n´a rien de magique !

Concentrons notre travail à la rencontre des théories psychanalytiques, ne nous cachons pas derrière un Maître si grand soit-il ! De ces rencontres peuvent encore naître de nouvelles expériences si nous apprenons à « échanger » dans le respect de chacun. L’Association Européenne de Psychanalyse s’inscrit totalement dans cette démarche, ce qui permet aux jungiens, aux freudiens, aux kleiniens et aux autres d’avancer dans leurs travaux. Je pense en effet que le psychanalyste ne doit jamais laisser son « travail » de côté, « travailler » pour ajuster ses idées en les comparant aux autres et éventuellement revoir certains aspects de sa conception de l´appareil psychique par exemple.

La remise en cause doit être permanente chez le psychanalyste. Ainsi, nous ne pouvons que reconnaître nos difficultés à généraliser toute méthode. C’est dans cet esprit de rencontre et de proposition que la psychanalyse doit réapprendre à travailler. Nous pourrons ainsi continuer notre voyage vers le développement des profondeurs de l´être humain, où l´existence de chacun n´est qu’un fragment d’un tout plus vaste et inconnu qui s’étend sur des millénaires, éternellement fertile et en perpétuelle évolution. Mais ce fragment doit être considéré et appréhendé dans sa globalité, car tout est lié. Tout est en mouvement. Ne s´intéresser qu’à l´aspect conscient de la psyché en voulant passer sous silence l’aspect inconscient qui est en nous, semble aujourd´hui une grave erreur, et c´est la place très précisément de la psychanalyse que d’assurer cette approche globale réunissant conscient et inconscient individuel et collectif (si l´on se place dans une conception d´origine jungienne de l’appareil psychique).

La lecture d´une phrase avec son sujet, son verbe et ses compléments ne prend son sens réel que lorsque le texte est abordé en entier, il en est de même avec l’ensemble du système psychique.

Aucune structure ne peut être mise de côté. C’est dans un ensemble harmonisé que le devenir psychique de l’individu pourra continuer son cheminement et son accomplissement. La psychanalyse est là pour aider l´individu vers cet accomplissement.

Préface à l’édition italienne
de Angelo Conforti,
Professeur de philosophie,
membre du Conseil Directif de l’Association Européenne de Psychanalyse (AEP).

« Il n’existe pas de chose ou de fait en soi, mais uniquement des interprétations de choses ou de faits » (F. Nietzsche, La volonté de puissance, Gallimard, 1995).

« Le scientisme se base sur l’existence de la science, mais n’est pas scientifique en soi. Son postulat de départ, la transparence intégrale de la réalité, est indémontrable ; il en est de même pour son point d’arrivée, la fabrication des fins ultimes par le procédé même de la connaissance. À la base comme à la sommité, le scientisme exige un acte de foi (la “foi envers la raison”, disait Renan) ; en cela il n’appartient pas à la famille des sciences, mais à celle des religions. Pour s’en convaincre il suffit de voir l’attitude adoptée par les sociétés totalitaires, fondées sur des prémices scientistes, dans leurs programmes : tandis que la règle courante de la science est de laisser carte blanche à la liberté critique, ces sociétés exigent de taire les objections et de pratiquer la soumission aveugle – comme on fait avec les religions. Il faut insister sur ce point : le scientisme n’est pas la science, mais plutôt une conception du monde émergeant comme une excroissance du corps de la science ». (Tzvetan Todorov, Mémoire du bien, tentation du mal, Robert Lafont).

Le scientisme est une figure du nihilisme, qui est lui même l’inéluctable conséquence du dogmatisme : en donnant une valeur absolue à une interprétation de la réalité, tout le restant de la réalité (et toutes ses interprétations) deviennent nulles. Le scientisme élève à un dogme la connaissance scientifique objective et anéantit tout ce qui n’entre pas dans les critères et les procédés scientifiques. Toutes les inquisitions et les persécutions, tous les fanatismes et les terrorismes, dérivent du dogmatisme et produisent le nihilisme, surtout quand ils se matérialisent en un pouvoir réel par lequel ils peuvent imposer leurs dogmes et détruire leurs adversaires.

Il apparaît donc parfaitement logique qu’un Ordre Régional des Psychologues, ayant la fonction de sauvegarder une profession protégée par la Loi et donc ayant obtenu un pouvoir et se croyant par ailleurs détenteur d’une vérité scientifique, finisse par enquêter et persécuter, de manière fanatique et terroriste (bien qu’il s’agisse heureusement de terrorisme exclusivement psychologique !) les esprits libres qui promeuvent et souhaitent une humanité toujours moins asservie aux dogmes de tout genre, donc en mesure de s’exprimer librement et pleinement. Ces derniers sont comme des lions et luttent courageusement contre les dragons d’une autorité érigée en faveur de valeurs en quelque sorte immuables, pour empêcher le libre court de la pensée et de la personnalité humaines [1].

La contribution de la psychologie scientifique à l’étude de la personnalité humaine n’est pas à sous-estimer et les développements que celle-ci a subit après sa fondation advenue dans l’horizon du scientisme positiviste et généralement datée 1878 [2], sont certainement significatifs sous divers points de vue et ne peuvent pas être tous englobés dans la catégorie du réductionnisme [3].

Pourtant, à la même époque quelqu’un commençait à mettre en discussion le destin magnifique d’une humanité gouvernée par les lumières de la rationalité scientifique et à polémiquer énergiquement sur certaines thèses non démontrées du positivisme impétrant : la thèse de la réductibilité de l’activité psychique à des faits physiques (déjà introduite en philosophie naturelle par Thomas Hobbes au dix-septième siècle et posée par Auguste Comte comme fondement de sa « physique sociale ») ; la « foi » envers le principe de causalité (fondement d’une conception déterministe de la réalité) ; la valeur méthodologique quasiment indiscutable du principe d’induction qui permet une généralisation des expériences ainsi qu’une formulation objective, universelle et nécessaire des lois de la Nature.

Déjà en 1843 le « positiviste empiriste » John Stuart Mill soutenait l’impossibilité d’une « dogmatisation des résultats de la science » (Abbagano, 1966 : p. 299) et critiquait la valeur absolue du principe d’induction minant ainsi à la base la loi de causalité nécessaire. En 1874 c’est le tour de Émile Boutroux, avec son oeuvre première La contingence des lois de la Nature, d’attaquer le déterminisme en plein dans le coeur du fort des sciences positives en soutenant l’irréductibilité de la Nature a l’uniformité et à la nécessité des principes explicatifs mathématiques.

Quelques années après, Nietzsche, « inactuel » par définition et par choix, en développant sa critique radicale de toute forme de dogmatisme, écrit dans La gaie science (1882) à propos de la connaissance scientifique : « Construisez vos cités sur le Vésuve ». Un éminent spécialiste du philosophe allemand, Atimo Negri, dans son écrit sur Nietzsche. La science du Vésuve (1994) a souligné la grande valeur prophétique des théories nietzschéennes, en y voyant une anticipation de l’épistémologie contemporaine et une fracture avec cette philosophie de la science reposant sur les bases de la pensée cartésienne.

En effet, le célèbre philosophe français soutenait la nécessité de construire la science sur la roche, tandis qu’à l’extrême opposé un grand épistémologiste contemporain comme Popper, qui lit Nietzsche et le cite, écrit que la science est construite sur des palafittes enfoncées dans les sables mouvant du marais [4].

Le tournant est ainsi la vérité exprimée par la métaphore de Nietzsche : « construire la science sur un terrain volcanique signifie se la représenter comme un édifice non pas stable et robuste, mais destiné à laisser apparaître des crevasses plus ou moins profondes et même à s’écrouler. De ceci dérive — selon Negri — « le bouleversement total de la physique classique ou des mathématiques prétendant exprimer la réalité du monde en termes de proportions universelles et objectives (…). Si la maison de la science, de n’importe quelle science, même des sciences naturelles, est construite sur un terrain volcanique toujours prêt à la faire sauter en l’air, cela signifie que les proportions scientifiques, y compris celles des sciences retenues exactes, en tant qu’exprimables en termes mathématiques, ne peuvent plus se prétendre exactes, c’est-à-dire parfaites, en dehors du devenir historique. Non n’avons plus une image unique du monde, mais une infinité d’images du monde » (A. Negri, 1994).

Quelques années plus tard Sigmund Freud, bien qu’ayant comme Wundt une formation de neurologue et de médecin, en constatant les limites de la psychiatrie de l’époque, allait opérer une profonde rupture épistémologique dans le domaine de ces sciences humaines que les positivistes entendaient assimiler aux sciences de la Nature.

Avec Freud naît un nouveau modèle de science qui ne prétend plus retrouver des lois objectives et générales du comportement humain, une « nouvelle science », la psychanalyse : désormais le sujet humain est appelé à analyser soi-même, à approfondir la connaissance de son univers intérieur et les motivations plus authentiques de ses relations au monde extérieur. Ce n’est certainement pas en vue de trouver une présumée vérité définitive que l’individu est invité à sonder les abîmes de sa propre psyché, mais pour en construire une interprétation par laquelle pouvoir se reconnaître et participer librement à toutes les possibles interprétations du monde.

Le fondateur de la psychanalyse a découvert que la science de la psyché ne peut être objective [5] et déterministe, sur le mode par lequel s’étaient développées toutes les autres sciences. Il inaugurait ainsi une nouvelle pratique et un nouveau modèle de connaissance qui dans l’arc d’une moitié de siècle mettra en discussion, malgré tant de résistances, le statut épistémologique même des sciences de la nature.

En quelques décennies seulement, Nietzsche et Freud ont ainsi déchiré le « voile de Maya » qui empêche à nombre d’intellectuels de saisir la complexité du réel, en particulier de l’univers varié et instable de la psyché humaine [6]. En s’arrêtant en deçà de ce voile désormais déchiré, ces intellectuels soutiennent de détenir une vérité absolue et de devoir l’imposer aux autres par la persuasion et la force.

Ainsi, quand un dogmatisme, comme celui scientiste, se transforme en un pouvoir réel, il est presque inévitable d’assister à l’émergence de tendances fanatiques, de l’intolérance, du terrorisme, c’est à dire de toutes ces figures rhétoriques du nihilisme qui persécutent et tentent d’anéantir dans la réalité tout ce qui reste en dehors de leur dogme.

Le récit d’Antoine Fratini est en ce sens exemplaire et rappelle de près toutes les grandes narrations ayant donné un visage concret au nihilisme occidental, parmi lesquelles émerge particulièrement l’oeuvre de Franz Kafka.

Bibliographie essentielle
- Abbagnano Nicola, Storia della filosofia, III, Torino, 1966.
- Galimberti Umberto, La casa di psiche, Milano, 2005.
- Negri Antimo, Nietzsche. La scienza del Vesuvio, Bari, 1994.
- Negri Atimo, « La sentenza di Nietzsche : “non fatti ma interpretazioni” », Encicolpedia Multimediale delle Scienze Filosofiche, 21 Avril 1994.
- Popper Karl Reimund, Logica della scoperta scientifica, Torino, 1970.
- Trevi Mario, Per uno junghismo critico, Milano, 1987.

Introduction

Le modèle évolutif dominant à notre époque nous consigne une vision de l’Histoire de type linéaire qui insiste sur les notions de progrès et de croissance et qui donc interprète les ères et les périodes qui se succèdent comme un processus causal partant d’un niveau d’organisation social pour aboutir à un autre niveau nécessairement plus évolué. Cette idée nous provient seulement en partie de l’influence du darwinisme sur notre mode collectif de penser. Le facteur psychologique apparaît déterminant au moins dans la même mesure. En effet, cette vision permet à qui habite le temps présent de se complaire dans l’illusion de vivre dans un monde meilleur de celui de ses prédécesseurs. Par cet étrange effet du langage, il suffit aujourd’hui de prononcer le signifiant évolué pour que la signification donne meilleur et pour que tout ce qui a été soit considéré définitivement dépassé. En réalité, comme indiquent les récentes hypothèses émises par les évolutionnistes modernes, par exemple sur l’émergence de la race homo sapiens, il est probable que les choses soient beaucoup plus complexes et nettement moins linéaires que nous ne le pensons. Le processus de révision de l’Histoire indique que nos avis au sujet des problèmes historiques ne peuvent qu’être des interprétations. Parmi ces dernières, certaines détiennent quelques bonnes probabilités, d’autres moins. Il apparaîtra donc sensé de rapprocher la révision historique à ce processus fondamental d’élaboration du souvenir des rêves que Freud saisit avec grande acuité et dénomma « élaboration secondaire » [7].

Les rêves dont nous nous rappelons, selon le père de la psychanalyse, ne pourraient rester, dans leurs formes et structures intrinsèques, tels que nous les avons rêvé, mais subiraient une révision spontanée au niveau du système psychique préconscient pendant le passage de l’état de rêve à l’état de veille. Je veux dire par là que savoir interpréter l’Histoire suppose un travail de recherche tenant compte de ces processus de révision presque automatiques et générateurs de lieux communs. Ce qui ne saurait advenir sans devoir affronter des peurs et des peines. Qui, en effet, n’aimerait pas pouvoir continuer à se fier à une vision linéaire des choses et à croire vivre dans un monde qui s’est finalement débarrassé des fantômes de son propre passé ? Mais cette complaisance est encore le meilleur moyen pour faire en sorte que l’Histoire n’enseigne rien et pour que le monde fondamentalement change peu. La répétition, dans ses infinies variantes sur le thème, est un des effets majeurs de cet « oubli forcé » qu’est le refoulement.

L’exaltation illuministe de la rationalité a provoqué la disparition de cette véritable institution criminelle voulue par l’Église, avec la connivence des États de jadis, appelée « Sainte Inquisition ». Mais sommes nous vraiment sûrs qu’en Italie ce genre d’attitudes discriminantes et de procédures inquisitoriales soit aujourd’hui totalement disparues ? À un examen rapide de l’actualité nous notons qu’il existe encore des campagnes de dénigration et des véritables chasses aux sorcières de la part des médias et des forces de la loi vis à vis des gourous, des sectes religieuses, des magiciens, des guérisseurs et, aussi, des psychanalystes. Prises dans leurs contextes, il est probable que ces chasses aient la fonction de déplacer l’attention de la population de formes de délinquances et de problèmes sociaux bien plus importantes et dangereuses. Une chose semble certaine tant elle est répétitive : la création d’un bouc émissaire est depuis toujours un des moyens plus récurrents et efficaces pour mobiliser le peuple et l’opinion publique contre l’Autre, détournant ainsi les propres sentiments de culpabilités et la propre agressivité en dehors de soi. Tel a été par exemple le sort du héros littéraire de Shelley, le docteur Frankeinstein et de sa créature, agressés par une foule de psychotiques induits.

L’affaire qui vient ici s’exposer a correspondu à une période de plus de six ans vécus avec le stress d’une épée de Damoclès sur la tête et pendant laquelle j’ai dû forcément vivre avec des accusations aussi graves et infamantes que infondées et avec divers mauvais traitements d’ordre moral qui se sont poursuivis, sans pouvoir m’y opposer. Jusqu’à présent j’avais préféré me taire car cette affaire était encore loin d’une conclusion dont la connaissance me paraissait indispensable afin de pouvoir la traiter adéquatement. Hélas, dès le début j’avais été averti des temps de la Justice italienne qui ne correspondent pas ni ne se rapproche de ceux des citoyens besogneux de vérité et de justice. Si pendant les années passées le fait d’attendre patiemment pouvais être considéré une stratégie utile pour éviter de créer des complications superflues à une affaire aussi délicate, maintenant, étant donné qu’à cette date il m’ait encore impossible de savoir quand aura lieu la prochaine audience à la Cour d’Appel, le temps de la patience a laissé la place à celui de l’écriture. Une écriture authentique qui ne naît pas d’un contrat préliminaire avec un éditeur, mais d’un besoin intime d’élaborer mes sentiments et réflexions et de les exprimer enfin par la voie de ce procédé analytique particulier que Jacques Lacan nommait transfert d’écriture. Dans cette opération, l’énergie en plus s’oriente naturellement vers une intellectualisation de l’expérience en amorçant et complétant ainsi par l’écriture même un nouveau parcours d’étude et de recherche.

Bien que consistant en une affaire personnelle, nombres de faits cités dans cette oeuvre sont à mon avis susceptibles de devenir des éléments particulièrement instructifs sur la situation actuelle des psychanalystes et de la psychanalyse en Italie. En outre, la situation italienne pourrait tout à fait être prise comme un cas emblématique et même un paradigme de ce qui risque de se vérifier en France et en Europe au cas où les réglementations professionnelles en cours d’approbation suivraient le même exemple. Ce qui est d’ailleurs assez probable à mon avis. Enfin, la seconde partie de l’ouvrage contient une série d’articles développant ultérieurement les réflexions suscitées dans la première partie. Les thèmes traités et les réflexions proposées pourront intéresser particulièrement les professionnels du champs « psy » ainsi que les usagers, les législateurs et tous ceux qui, pour des raisons variées, ont à coeur le sort de notre discipline. Enfin, plus en général ce livre est recommandable à tous ceux qui s’intéressent au rapport souvent très animé entre le citoyen, la liberté d’expression et la justice.

Voir en ligne : Première partie : Une affaire judiciaire plutôt instructive

P.-S.

La version intégrale de La psychanalyse au bûcher d’Antoine Fratini au format word :
- Télécharger.

Notes

[1] L’allégorie remonte à Nietzsche qui dans son extraordinaire Ainsi parlait Zarathustra, raconte les trois métamorphoses que l’esprit humain doit subir afin de se libérer des chaînes de tout pouvoir absolu et d’entreprendre le chemin conduisant à la pleine réalisation. En voici une partie : « Mais là où le désert est le plus solitaire se produit la seconde métamorphose : ici l’esprit devient lion, entend faire de la liberté sa proie et être le seigneur du désert. Ici il cherche son dernier maître : il veut devenir l’ennemi de son dernier dieu, combattre contre le grand dragon. Mais l’esprit du lion dit “je veux”. “Tu dois” lui barre le chemin, un reptile aux écailles étincelantes et sur chacune d’elles “Tu dois” brille en lettre d’or. Des valeurs millénaires reluisent sur ces écailles et ainsi parle le plus puissant des dragons : “Je suis le miroir resplendissant da toutes les valeurs”. “Toutes les valeurs ont déjà été créées et je suis toute valeur créée. En vérité il ne doit plus y avoir de place pour aucun “Je veux !”. Ainsi parle le dragon. Mes frères, pourquoi le dragon est-il nécessaire à l’esprit ? Pourquoi la bête de somme, pleine de vénération et prête à tout renoncer, ne suffit point ? Créer de nouvelles valeurs, le lion en est capable, mais créer la liberté pour une nouvelle création est le véritable pouvoir du lion » (F. Nietzsche, Ainsi parlait zarathustra, « Des trois métamorphoses », 1885).

[2] À cette date Wilhelm Wundt instituait à Leipzisg un laboratoire de psychologie expérimentale donnant ainsi naissance à la psychologie comme « science de laboratoire » à caractère expérimental. Les progrès notoires de la « science positive », l’affirmation des conceptions mécanicistes et déterministes, le climat de progrès général qui donna lieu à des recherches et à des expérimentations empiriques dans tous les champs, ont été les principaux facteurs qui induisirent le philosophe et médecin Wundt à associer les processus psychiques au cerveau et à soutenir leur influence réciproque. Il étudia avec d’éminents physiologistes de l’époque (Hermann von Helmohltz, Johannes Muller, Emil Du Bois-Reymond) et dans son texte de 1874 Les fondements de la psychologie physiologique il énonça les principes inspirateurs basilaires de sa nouvelle science. Depuis, la psychologie a subit d’importantes évolutions et transformations. Mais malgré les ruptures épistémologiques advenues entre temps dans le champs des sciences positives, la tendance réductionniste et scientiste ne s’est jamais vraiment éteinte, comme démontre la mode du comportementalisme fondée par l’américain John B. Watson dans les premières décennies du 20e siècle à partir des travaux sur la psychologie objective conduits par le physiologiste russe Ivan Pavlov, prix Nobel de médecine pour ses recherches sur les réflexes conditionnés.

[3] Il est opportun de rappeler, parmi les théories qui essayèrent d’échapper au réductionnisme, au moins le fonctionnalisme fondé aux U.S.A. par William James, la Gestalt Psychologie de l’allemand Max Wertheimer, la Psychologie Personnaliste fondée par l’américain Gordon Allport et la Psychologie Génétique fondée par Jean Piaget en France.

[4] Donc la base empirique des sciences objectives n’a rien d’« absolu » en soi. La science ne repose point sur une robuste couche de rocher. La structure hardie de ses théories s’élève, pour ainsi dire, au-dessus d’un marais. Il s’agit plutôt d’un édifice construit sur des palafittes. Celles-ci sont plantées par en haut dans un fond marécageux, non pas sur une base.

[5] Le tournant opéré par la psychanalyse est bien synthétisé par le philosophe et psychanalyste Mario Trevi qui écrit : « La “psychologie” comme science se place en dehors de toute confrontation avec les autres sciences de l’homme (et est en même temps éloignée de toute science de la nature), justement parce que son objet d’étude coïncide avec le sujet qui l’étudie, et toute tentative de se “placer au dehors” de ce dernier présente inévitablement les stigmates de la subjectivité. La “texte” que le psychologue se propose d’étudier, la psyché dans toute son étendue phénoménologique, ne peut être saisit de manière objective en dehors du devenir, mais toujours à travers cet horizon ouvert par le sujet à l’instant où ce texte se replie » (M. Trevi, 1987:16).

[6] Comme nous rappelle justement Umberto Galimberti, les tendances actuellement dominantes en psychologie, le cognitivisme et le comportementalisme, finissent paradoxalement par nier l’individualité et la subjectivité de la psyché : « Le cognitivisme, en effet, invite à corriger les propres idées et à réduire les propres “dissonances cognitives” afin de les harmoniser avec le système ; le comportementalisme à corriger les propres conduites, indépendamment des propres sentiments et idées (...) Il se créé ainsi cette situation paradoxale dans laquelle l’”authenticité”, l’”être soi même”, que l’ancien oracle de Delphes indiquait comme la voie de la santé de l’âme, devient, dans le régime de la fonctionnalité de l’ère de la technique, quelque chose de pathologique (...) Ainsi les psychologies à orientation cognitiviste et comportementaliste perdent leur objet spécifique, la “psyché”, et les individus perdent l’”âme” » (...) (U. Galimberti, 2005 : pp. 170-171).

[7] S. Freud, L’interprétation des rêves, PUF, Paris 1926.

Réagir à cet article sur les forums


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Partenariats | Espace privé
Blogs Psychanalyse | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Avocats-publishing.com | Avocat Paris
Bibliothèque de Littérature érotique : Textes érotiques, histoires érotiques, confessions érotiques et récits érotiques | Librairie érotique | Sexshop Boutique érotique | Art et érotisme

Open Directory Project dmoz en français