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Gaëtan Gatian de Clérambault

Les délires passionnels. Érotomanie, Revendication, Jalousie

Présentation de malade (1921)

Date de mise en ligne : samedi 28 octobre 2006

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Gaëtan Gatian de Clérambault, « Les délires passionnels. Érotomanie, Revendication, Jalousie » (Présentation de malade), Bulletin de la Société Clinique de Médecine Mentale, février 1921, p. 61.

Les délires passionnels.
Érotomanie, Revendication, Jalousie
Présentation de malade
1921

Le Dr de C… fait précéder la présentation d’un exposé dogmatique dont nous ne donnons ici que le résumé. L’exposé intégral paraîtra incessamment dans les Annales Médico-Psychologiques.

I. — Le délire érotomaniaque est un syndrome passionnel morbide. Ce n’est pas un délire interprétatif.

Il y a lieu de réunir ce syndrome aux délires de revendication et aux délires de jalousie, sous la rubrique délires passionnels morbides.

Les délires interprétatifs ont pour base le caractère paranoïaque, autrement dit un sentiment de méfiance. Ils se développent en tous sens, la personnalité globale du sujet est en jeu, le sujet n’est pas excité ; les concepts sont multiples, changeants et progressifs, l’extension se fait par irradiation circulaire, l’époque de début ne peut être déterminée, etc.

Les syndromes passionnels se caractérisent pas leur pathogénie, leurs composantes soit communes, soit spéciales, leurs mécanismes idéatifs, leur extension polarisée, leur hypersthénie allant quelquefois jusqu’à l’allure hypomaniaque, la mise en jeu initiale de la volonté, la notion de but, le concept directeur unique, la véhémence, les conceptions complètes d’emblée, une allure revendicatrice commune, etc.

Les syndromes passionnels morbides se présentent tantôt autonomes et purs, tantôt associés à d’autres délires (intellectuels ou hallucinatoires). Ils sont alors ou prodromiques ou surajoutés. Généralement, ils perdent de leur intensité dans la mesure où ils perdent de leur pureté.

Le délire érotomaniaque se développe en trois stades : stade d’espoir, stade de dépit, stade de rancune.

Les conceptions du délire érotomaniaque se groupent d’une part en un postulat initial de déductions de ce postulat (toutes données relatives à l’objet), d’autre part en thèmes imaginatifs et interprétatifs divers (données relatives aux incidents de la poursuite).

Parmi ces conceptions, il en est de spécifiques. Elles ont une grosse importance pour la direction de l’interrogatoire, d’abord comme buts, ensuite comme éléments de conviction pour le médecin. Il faut rechercher non pas spécialement les faits (que le malade peut toujours nier), mais bien les points de vue du malade ; or ces points de vue tiennent dans les formules spécifiques.

En interrogeant de tels malades, il ne suffit pas de les questionner, il faut encore les actionner. Il faut, en particulier, penser à faire jouer l’élément Espoir du syndrome érotomaniaque. Faute de cette manoeuvre, nombre d’érotomanes restent classées parmi les persécutées-persécutrices, alors qu’elles devraient être classées parmi les persécutrices amoureuses.

II. — Les composantes du sentiment générateur du postulat sont Orgueil, Désir et Espoir. L’évolution et les réactions sont, pour une très grande part, fonction du caractère individuel, du degré de moralité, de l’éducation.

Les conceptions que nous regardons comme spécifiques sont les suivantes

Postulat fondamental :
- C’est l’Objet qui a commencé et qui aime le plus ou qui aime seul. (N.B. — Objet ordinairement élevé, notion classique.)

Thèmes dérivés et regardés comme évidents :
- L’Objet ne peut avoir de bonheur sans le soupirant.
- L’Objet ne peut avoir une valeur complète sans le soupirant.
- L’Objet est libre. Son mariage n’est pas valable.

Thèmes dérivés et qui se démontrent :
- Vigilance continuelle de l’Objet.
- Protection continuelle de l’Objet.
- Travaux d’approche de la part de l’Objet.
- Conversations indirectes avec l’Objet.
- Ressources phénoménales dont dispose l’Objet.
- Sympathie presque universelle que suscite le roman en cours.
- Conduite paradoxale et contradictoire de l’Objet.

Ces formules se rencontrent rarement toutes réunies. La dernière (conduite paradoxale) a une importance capitale. Jamais elle ne manque. Elle entraîne des accommodements avec les faits, du genre suivant : l’Objet est censé hésiter par orgueil, timidité, doute, jalousie, ou encore aboulie foncière ; un ami mystérieux le domine dans une mesure invraisemblable ; ou encore, il veut éprouver le sujet, etc.

Toutes ces conceptions visent la conduite de l’Objet. Des idées de persécution se développent ensuite, relatives aux incidents de la poursuite. Elles ne sont pas diffuses, mais actuellement strictement groupées autour de l’idée de la poursuite. Les persécutions n’ont pour but que la séparation d’avec l’Objet ; ou encore elles émanent de l’Objet même.

Aux stades de dépit et de rancune le sujet, impatienté et humilié, croit haïr, par suite d’une réversion psychologique d’ordre général. Des griefs qui, au début, étaient hypocrites deviennent sincères, le sujet se fait revendicateur. Il argue à ce moment de préjudices anciens, qui sont sensiblement fictifs, et de préjudices récents, qui sont réels mais imputables à lui seul. — L’espoir inconscient subsiste.

Si ces thèmes secondaires de persécution se développent et si le délire tend à se diffuser, cela donne a présumer que le délire érotomaniaque n’est pas pur, mais associé. Un mode d’extension irradiée, aboutissant à un ensemble de persécutions banal, montre que l’érotomanie est soit prodromique, soit secondaire.

Dans les cas purs, pas de conceptions mégalomanes globales et absurdes. Pas de rétrospection. Jamais d’hallucinations.

Les conceptions spécifiques sus-énoncées différencient le délire érotomaniaque d’avec la passion dite normale.

Observation. — Certificat de Placement

D… Léontine, 28 ans, ouvrière. — Érotomanie. Stade de dépit. — Interprétations secondaires de nature à la fois favorable et hostile. — Un capitaine sous les ordres de qui elle a travaillé veut l’épouser et cependant la persécute. — Collaborations innombrables. Manifestations. Machinations. — Lettres à la fois accusatrices et affectueuses. Démarches pour reproches et pour déclarations implicites. Attentes. Injures et menaces à la femme du Capitaine. — Refus de croire qu’il soit marié. Exagération de la Personnalité. — Présentation enjouée et expansive à un degré inusité dans cette forme de délire. — Possibilité d’un Délire Polymorphe au début de son évolution.

Dr DE CLÉRAMBAULT (Infirmerie spéciale), 1er février 1921.

Renseignements

À l’Infirmerie spéciale, la malade a facilement convenu que son persécuteur ait débuté par des désirs matrimoniaux, elle a affirmé sa conduite paradoxale. Elle niait, par contre, absolument, qu’elle eut ou ait eu envers lui le moindre penchant. Mais : 1) elle soutenait qu’il n’était pas marié ; 2) elle admettait la possibilité d’un pardon. — Graduellement, elle a fait l’aveu qu’elle l’épouserait, s’il voulait bien changer de conduite (formules spécifiques).

Confrontée avec ce Persécuteur, elle lui reproche de garder le silence. Questionnée sur ce point « voudrait-elle l’épouser », elle nie, mais se montre radieuse, puis objecte seulement qu’il faudrait étudier son caractère avant de dire oui, et que d’ailleurs ce n’est pas à la femme de se déclarer la première.

Voudrait-elle devenir sa maîtresse ? non, certainement. Cependant, lui objectons-nous, on ne peut connaître un homme sans avoir vécu avec lui. Par une série de réponses graduées, qu’il serait trop long de rapporter, elle accepte l’idée d’un mariage à l’essai, qui ne serait légalisé que plus tard. Dès demain, on cherchera un logement et des meubles. — Elle sort dépitée du silence de l’officier, mais dans sa cellule elle écrit, sur sollicitations nouvelles, une lettre par laquelle elle répète que demain lui et elle se mettront en quête d’un logement pour abriter leur temps d’épreuve.

Les Idées de Persécutions sont polarisées. Si elle perd ses places et si des musiciens viennent jouer dans les restaurants, si sa famille s’est brouillée avec elle, c’est sous l’influence exclusive de l’officier, jusqu’à maintenant. Cependant le Délire de Persécution semble montrer quelque tendance à diffuser, ce qui l’éloignerait du Type Érotomaniaque Pur.

À Sainte-Anne, le jour de la séance de la Société clinique de médecine mentale, nous la trouvons un peu revêche, très vexée de son internement, dont elle rend l’officier seul responsable, très agacée de se voir sans cesse interrogée. Elle traite l’officier de vilains noms.

Présentation

À la séance de la Société Clinique elle est souriante, mais parle peu. Elle dit que l’officier l’a aimée alors qu’elle ne pensait pas à lui ; elle n’a su l’amour de cet officier que par les propos de ses compagnes. Bien loin de l’aimer, elle éprouvait pour lui plutôt une aversion, lui trouvant un air fier et froid, ses yeux bleus, dont toutes les femmes parlaient, produisaient sur elle un effet désagréable (sic). Elle assure que jamais il n’a eu une parole ni un regard qui l’ait éclairée sur son amour. Comme on lui demande si elle consent à l’épouser, elle n’objecte rien au principe, et fait des objections uniquement suspensives : l’officier aurait dû parler, il a eu une conduite étrange pour un homme qui prétend aimer, etc. Comme nous parlons de nous entremettre, elle paraît refuser, mais en sortant, comme nous lui répétons notre offre, elle nous lance un merci joyeux.

En cours de dialogue, elle a répété sous diverses formes l’affirmation de la conduite paradoxale, la négation du mariage et l’aveu d’être disposée à pardonner.

COMMENTAIRES

Le présentateur fait remarquer que manifestement l’officier avait produit sur la malade, dès le premier jour, une impression profonde, et que la passion est née chez elle avant toute interprétation. La malade n’a cru entendre parler d’elle et de l’officier que parce qu’elle pensait à ce dernier intensément. Elle ne semble d’ailleurs pas avoir interprété en sa faveur un regard ni un geste de l’officier, du moins au tout premier début. Sa passion a été bien spontanée, le travail interprétatif n’est venu qu’ensuite. Les interprétations se sont faites dans le sens de son désir, c’est dans l’ordre des choses normales. L’inverse serait inadmissible.

La délirante a tenté de se rapprocher de l’Objet sous de faux prétextes (changements de tache, rappel d’un accident ancien ou même douteux, etc.). Elle nie que l’officier soit marié. Elle déclare sa conduite contradictoire, paradoxale. Convenablement interrogée, elle se dit prête à pardonner. Ce sont là des données constantes en pareil cas. La malade est encore à la période de dépit ; elle garde consciemment l’espoir.

Bien que réticente, elle apparaît comme légèrement hypomaniaque ; c’est encore un trait habituel.

Le présentateur se demande si ce cas restera indéfiniment un cas d’érotomanie essentielle. En effet, les allures de la malade, malgré sa réticence, sont expansives avec quelque excès, les idées de persécution semblent tendre à devenir diffuses, enfin, c’est nettement une débile. Pour toutes ces raisons, peut-être sommes-nous au début d’un délire polymorphe à extension graduelle, l’érotomanie ne serait alors chez cette malade que prodromique.

DISCUSSION

Un substratum affectif s’observe dans toutes les formes mentales, les plus variées, délires maniaques ou mélancoliques, obsessions et phobies, anomalies sexuelles, et délire de persécution ; on le trouve même à l’origine des spasmes et tics. Ce n’est donc pas assez de mentionner l’élément affectif, il faut encore le définir et coter son intensité.

Le paranoïaque délire avec son caractère. Le caractère est, grosso modo, le total des émotions quotidiennes minimes, passées à l’état d’habitude, dont la qualité est préfixée pour toute la vie et la mesure à peu près préfixée pour chaque jour. Chez le passionnel, au contraire, il se produit un noeud idéo-affectif initial, dans lequel l’élément affectif est constitué par une émotion véhémente, profonde, destinée à se perpétuer sans arrêt, et accaparant toutes les forces de l’esprit dès le premier jour.

Le sentiment de méfiance du paranoïaque est ancien, le début du délire ne peut être marqué dans le passé ; la passion de l’érotomane ou du revendicateur a une date de début précise. La méfiance du paranoïaque règle les rapports du moi total avec la totalité de l’ambiance, et change sa conception de son moi ; la passion de l’érotomane et celle du revendicateur ne modifient pas la conception qu’ils ont d’eux-mêmes, et ne modifient leurs rapports avec l’ambiance qu’à l’occasion et dans le domaine de leur passion.

De ces points de départ différents résultent des différences profondes dans le tonus psychique et dans l’extension du délire.

Le passionnel, soit érotomane, soit revendicateur, soit même jaloux, a dès le début de son délire un but précis, son délire met en jeu d’emblée sa volonté, et c’est là justement un trait différentiel : le délirant interprétatif vit dans un état d’expectation, le délirant passionnel vit dans un état d’effort. Le délirant interprétatif erre dans le mystère, inquiet, étonné et passif, raisonnant sur tout ce qu’il observe et cherchant des explications qu’il ne découvre que graduellement ; le délirant passionnel avance vers un but, avec une exigence consciente, complète d’emblée, il ne délire que dans le domaine de son désir : ses cogitations sont polarisées, de même que l’est sa volonté, et en raison de sa volonté.

Le mode d’extension du délire sera donc spécial. Tout travail imaginatif ou interprétatif étant restreint, pour ainsi dire, à l’espace qui s’étend entre l’objet et le sujet, le développement des conceptions se fera non pas circulairement, mais en secteur ; si les vues vont s’élargissant avec le temps, c’est en restant dans le même secteur dont l’angle d’ouverture ne change pas. Contrairement à ce processus, les conceptions chez l’interprétateur rayonnent constamment en tout sens, elles utilisent tout événement et tout objet, chez quelques malades d’ailleurs, elles changent graduellement de thèmes ; leur extension est rayonnante, le sujet vit au centre d’un réseau circulaire et infini.

La conclusion d’un tel travail, pour le sujet, est que sa personnalité tout entière est ou menacée ou exaltée ; une conspiration générale l’entoure, ou bien il est roi et maître des mondes. Leroy, d’une part, d’autre part Sérieux et Capgras ont noté à propos des revendicateurs, l’absence de mégalomanie absurde et de transformation de l’ambiance.

L’interprétatif a souvent des vues rétrospectives, il va chercher des explications dans le passé ; cela tient à ce que, contrairement au passionnel, qui est pressé, l’interprétatif est de loisir ; le passionnel, étant essentiellement volontaire, tend vers l’avenir.

Les premières et les principales des convictions de l’érotomane sont obtenues par déduction du postulat. On n’observe rien d’équivalent chez l’interprétateur. On ne voit pas chez lui d’idée-mère d’où sortiraient des chaînes d’idées ; ses idées partent de tous les points, pour ainsi dire, de son esprit ; elles sont certes coordonnées mais non subordonnées entre elles, ni surtout subordonnées à une seule. Supprimez du délire d’un interprétateur telle conception qui vous semble la plus importante, supprimez-en même un grand nombre, vous aurez percé un réseau, vous n’aurez pas rompu les chaînes ; le réseau persistera immense et d’autres mailles se referont d’elles-mêmes. Supprimez, au contraire, dans le délire du passionnel cette seule idée que j’ai appelée le postulat, tout le délire tombe. Ce délire est semblable à la larme batavique, qui s’évanouit si vous cassez seulement sa pointe. Le délire ainsi disparu, le sujet aura seulement la ressource d’en faire un autre, quand il sera mûr pour un autre accès passionnel. Une telle expérience est certes impossible dans le cas de l’érotomane ; elle le serait moins dans le cas du revendicateur ; elle est parfois réalisée dans les cas de délire jaloux par le départ ou par la mort de l’être supposé rival, le délire cesse pour un temps parfois assez long, il renaît, parce que sa source n’est pas seulement dans la Passion, mais aussi, pour une très grande part, nous l’avons dit, dans le caractère.

Aucune des convictions de l’interprétatif ne peut être dite l’équivalent du postulat. Il n’a pas d’idée directrice. Le postulat a ce caractère d’être primaire, fondamental, générateur. Les convictions explicatives de l’interprétatif sont secondaires à des interprétations innombrables. Il n’y a pas, dans de tels délires, de cellule-mère. Il est inexact de dire qu’il y ait chez l’interprétatif une idée prévalente, à moins de retirer à ce terme le sens d’idée originelle, et de le pourvoir seulement d’un sens symptomatique très étendu, celui qui dans le langage profane est donné au mot obsession, bref celui de la hantise, d’idée à retours fréquents ; mais alors ce n’est pas une seule, c’est plusieurs idées prévalentes qu’on trouve chez l’interprétateur. La psychiatrie allemande étend ce terme prévalence à la fois aux délires interprétatifs et aux délires appelés par nous passionnels, aux obsessions et phobies, enfin aux idées mélancoliques ; cela n’est juste qu’au point de vue sémiologique, c’est-à-dire en faisant abstraction de la mécanique du délire. Le terme idée prévalente, pris dans un sens étroit, ne s’applique bien qu’aux passionnels. Encore, est-il insuffisant parce que dans le trouble idéo-affectif, il semble donner la prééminence à l’élément idéatif (ce qui d’ailleurs, nous le reconnaissons, n’est pas dans l’esprit des auteurs). D’autre part, il ne fait pas ressortir la valeur d’embryon logique que nous donnons au Postulat. Nous avons donc évité ce mot.

Dans le noeud idéo-affectif qui constitue le postulat, il est bien évident que des deux éléments, le premier en date c’est la passion. Dans notre cas, la malade affirme que dans les regards, dans l’attitude, dans les propos de son Objet, rien ne lui a donné à entendre qu’elle fût aimée ; elle ne l’a su, affirme-t-elle, que par les propos de ses compagnes. Y aurait-il eu de tels propos, qu’ils eussent été insuffisants pour créer l’état passionnel. D’autre part, notre malade laisse voir combien elle a été hantée, dès le premier jour, par le regard fascinateur de son Objet ; enfin, si de la part des compagnes il y a eu mystification, ce fut précisément en raison du penchant qu’elles avaient remarqué.

Le mécanisme passionnel de l’érotomanie en explique la présentation si fréquemment hypomaniaque. L’érotomane est un excitable excité, de même que le revendicateur, chez qui ce trait a été remarqué par Leroy, Capgras et Sérieux. On peut dire d’ailleurs, en raison de la notion de but qui est dominante dès l’origine, que l’érotomane, des avant la phase de dépit, est déjà un revendicateur, mais bienveillant.

Les revendicateurs ont été déjà séparés des interprétatifs par Sérieux et Capgras. Nous adoptons tous leurs critères différentiels, mais nous y ajoutons cette notion, que tous procèdent d’une donnée unique : la pathogénie passionnelle. Ce sont en effet des traits passionnels que l’animation initiale, l’objectif unique et conscient d’emblée, l’oubli de tout intérêt autre que ceux de la passion, d’où dérive la limitation, typique pour nous, des idées de persécution et de grandeur aux seuls intérêts de cette passion, et l’absence habituelle, notée par les auteurs, d’énormité dans les conceptions terminales.

Il est exact que les délires passionnels sont grandement interprétatifs ; mais l’interprétation est chose constante dans les états émotionnels, et dans les délires passionnels elle est, aux deux sens du mot, secondaire ; et si elle prend quelque importance, elle se développe en constellations limitées, non en réseau.

Les cas où l’interprétation devient réellement envahissante sont des cas mixtes. L’association entre elles des formes intellectuelles (interprétation, revendication, érotomanie, jalousie) est chose fréquente, mais l’étude des cas purs nous force à n’attribuer à chaque facteur que ce qui en dérive.

Les syndromes passionnels s’associent également à des délires hallucinatoires, avec ou sans démence. Ce sont là encore des cas mixtes, aptes à nous faire bien juger les précédents.

Ces syndromes sont psychologiques, nous devons donc nous attendre à les voir fonctionner incidemment sur les terrains les plus variés. Dès qu’ils apparaissent, leur entrée est marquée par une mise en jeu d’un élément volitionnel qui, jusqu’alors, était absent ; c’est dans la note de la passion.

Tous les critères différentiels entre délire d’interprétation et délire de revendication, si bien décrits dans le livre de Sérieux et Capgras, sont valables encore dans la comparaison entre délire interprétatif et délire érotomaniaque. Si notre dialectique n’était pas acceptée, la leur serait, elle-même en péril.

Nous continuons à croire spécifiques les formules que nous avons données comme telles. Elles permettent, en effet, la différenciation d’avec la passion dite normale et d’avec les persécutés-persécuteurs non amoureux.

En effet, aucun passionnel normal et malheureux ne cache en lui notre postulat, c’est-à-dire ne croit être aimé plus qu’il n’aime, aucun ne prétend ne connaître la vraie pensée de l’Objet mieux que l’Objet même ; aucun ne dira que la conduite de l’Objet envers lui est entièrement paradoxale (que l’Objet par exemple lui sourit tout en l’envoyant en prison), ni que toute une foule s’intéresse à son roman. Il ne niera pas que l’Objet soit marié. Tous ses efforts, s’il y a effort, partent de l’idée qu’il pourra et peut se faire aimer, donnée exactement inverse du postulat.

Ces formules différencient également l’érotomane devenu persécuteur d’avec le persécuté-persécuteur non amoureux. Aucun persécuté-persécuteur n’exprime jamais l’idée d’une conduite entièrement paradoxale chez son ennemi, et cela parce qu’il n’a nulle raison d’y penser ; la conduite double supposerait un sentiment-double, et quel serait le deuxième sentiment chez l’ennemi banal du persécuté-persécuteur ? Ce dernier peut certes dire incidemment, à propos de tel acte déterminé de son ennemi, que cet acte est une comédie : la guerre, par exemple, pour certains persécuteurs aura été une comédie à leur adresse, mais cette appréciation sera-t-elle appliquée à tout l’ensemble de la conduite de cet ennemi imaginaire ? Sera-t-elle appliquée à lui seul ? S’agit-il d’un malade sans mégalomanie et sans affaiblissement intellectuel ? d’un malade en posture de persécuté-persécuteur et en âge d’érotomanie, poursuivant un objet de l’autre sexe ? Tout est là. Une formule clinique ne vaut que par ses conditions de présentation. Il en est ainsi des formules typiques des persécutés ordinaires et des mélancoliques, auxquelles nous faisions allusion.

Au demeurant, il est classique qu’un diagnostic ne peut être fait sur un seul signe. Tout signe présente des causes d’erreur. Nos formules ne sont spécifiques que dans la mesure où un signe clinique peut l’être ; et si des cas très différents présentent des formules identiques, ce sera là une curiosité intéressante, mais n’empêchant pas ces formules d’être d’un grand secours dans la recherche du diagnostic, et d’établir la conviction au cas d’un ensemble concordant.

Si d’ailleurs nous faisons erreur, il restera néanmoins ceci. Le tableau complet de l’érotomanie n’existe nulle part. On ne trouve dans les traités que des descriptions sans méthode qui n’en dégagent pas les constantes, et qui ne fournissent, en vue des interrogatoires, aucune sorte de plan ni de critère. Ces constantes, ces critères et le modèle de ce plan sont entièrement à formuler. Nous avons essayé de le faire, parce que les cas d’érotomanie passent en série dans notre service.

P.-S.

Texte établi par PSYCHANALYSE-PARIS.COM d’après l’article de Gaëtan Gatian de Clérambault, « Les délires passionnels. Érotomanie, Revendication, Jalousie » (Présentation de malade), Bulletin de la Société Clinique de Médecine Mentale, février 1921, p. 61.

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