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Charles de Brosses

Du culte des Dieux Fétiches

ou Parallèle de l’ancienne Religion de l’Égypte avec la Religion actuelle de Nigritie (1760)

Date de mise en ligne : samedi 30 septembre 2006

Charles de Brosses, Du culte des Dieux Fétiches ou Parallèle de l’ancienne Religion de l’Égypte avec la Religion actuelle de Nigritie, « Introduction », Paris, 1760, pp. 5-17.

Du culte des Dieux Fétiches
ou Parallèle de l’ancienne Religion de l’Égypte avec la Religion actuelle de Nigritie

— Introduction

Respicit angues
Omnigenûmque Deûm monstra & latrator Anubis
.
Virgil, Æn. VIII. 697.

L’Assemblage confus de l’ancienne Mythologie n’a été pour les modernes qu’un chaos indéchiffrable, ou qu’une énigme purement arbitraire, tant qu’on a voulu faire usage du figurisme des derniers Philosophes Platoniciens, qui prêtait à des nations ignorantes et sauvages une connaissance des causes les plus cachées de la nature, et trouvait dans le ramas des pratiques triviales d’une foule d’hommes stupides et grossiers les idées intellectuelles de la plus abstraite Métaphysique. On n’a guère mieux réussi, quand par des rapports, la plupart forcés et mal soutenus, on a voulu retrouver dans les faits mythologiques de l’antiquité l’histoire détaillée, mais défigurée, de tout ce qui est arrivé chez le peuple Hébreu, nation inconnue à presque toutes les autres, et qui se faisait un point capital de ne pas communiquer sa Doctrine aux étrangers. Mais ces deux méthodes avaient une utilité marquée pour ceux qui les premiers en ont fait usage. Les Païens cherchaient à sauver l’honneur de leur croyance de la juste critique des Chrétiens ; et ceux-ci prosélytes et persécutés, avaient un intérêt direct de ramener à eux tout ce qui leur était étranger, et de tourner en preuves contre leurs adversaires les anciennes traditions dont ceux-là même demeuraient d’accord. D’ailleurs l’allégorie est un instrument universel qui se prête à tout. Le système du sens figure une fois admis, on y voit facilement tout ce que l’on veut comme dans les nuages : la matière n’est jamais embarrassante ; il ne faut plus que de l’esprit et de l’imagination : c’est un vaste champ, fertile en explications, quelles que soient celles dont on peut avoir besoin. Aussi l’usage du figurisme a-t-il paru si commode, que son éternelle contradiction avec la Logique et le sens commun n’a pu encore lui faire perdre aujourd’hui dans ce siècle de raisonnement le vieux crédit dont il a joui durant tant de siècles.

Quelques Savants plus judicieux, bien instruits de l’histoire des premiers peuples dont les colonies ont découvert l’Occident, et versés dans l’intelligence des Langues Orientales, après avoir débarrassé la Mythologie du fatras mal assorti dont les Grecs l’ont surchargée, en ont enfin trouvé la vraie clef dans l’histoire réelle de tous ces premiers peuples, de leurs opinions, et de leurs Souverains ; dans les fausses traductions d’une quantité d’expressions simples, dont le sens n’était plus entendu de ceux qui continuaient de s’en servir ; dans les homonymies, qui ont fait autant d’Êtres ou de personnes différentes d’un même objet désigné par différentes épithètes. Ils ont vu que la Mythologie n’était autre chose que l’histoire ou le récit des actions des morts, comme son nom même l’indique. Le Grec mutos étant dérivé du mot Égyptien Muth, i. e. mors ; terme qui se trouve de même dans la Langue Chananéenne. Philon de Biblos traduit l’expression Mouth, qu’il trouve dans le texte de Sanchoniaton, par (…) ou Pluton : traduction qui nous indique en passant un rapport formel entre les deux Langues Égyptienne et Phénicienne. Horace semble s’être plu â rendre en Latin l’idée attachée au mot Grec Mythologie par la version purement littérale Fabulæ manes, les morts dont on parle tant. Ainsi la simple origine du terme Mythologie en donne la fois la véritable signification, montre sous quelle face la Mythologie doit être considérée, et enseigne la meilleure méthode de l’expliquer. Les savantes explications qu’ils nous ont données ne laissent presque plus rien à désirer, tant sur le détail de l’application des fables aux événements réels de la vie des personnages célèbres de l’antiquité profane, que sur l’interprétation des termes, qui, réduisant pour l’ordinaire le récit à de faits tout simples, font évanouir le faux merveilleux dont on s’était plu à le parer. Mais ces clefs, qui ouvrent très bien l’intelligence des fables historiques, ne suffisent pas toujours pour rendre raison de la singularité des opinions dogmatiques, et des rites pratiques des premiers peuples. Ces deux points de la Théologie Païenne roulent, ou sur le culte des astres, connu sous le nom de Sabéïsme, ou sur le culte peut-être non moins ancien de certains objets terrestres et matériels appelés Fétiches chez les Nègres Africains, parmi lesquels ce culte subsiste, et que par cette raison j’appellerai Fétichisme. Je demande que l’on me permette de me servir habituellement de cette expression : et quoi que dans sa signification propre, elle se rapporte en particulier à la croyance des Nègres de l’Afrique, j’avertis d’avance que je compte en faire également usage en parlant de toute autre nation quelconque, chez qui les objets du culte sont des animaux, ou des êtres inanimés que l’on divinise ; même en parlant quelquefois de certains peuples pour qui les objets de cette espèce sont moins des Dieux proprement dits, que des choses douées d’une vertu divine, des oracles, des amulettes, et des talismans préservatifs : car il est assez constant que toutes ces façons de penser n’ont au fond que la même source, et que celle-ci n’est que l’accessoire d’une Religion générale répandue fort au loin sur toute la terre, qui doit être examinée à part, comme faisant une classe particulière parmi les diverses Religions Païennes, toutes assez différentes entr’elles. C’est ici (ce me semble, et je me propose de l’établir) un des grands éléments qu’il faut employer dans l’examen de la Mythologie, et dont nos plus habiles Mythologues, ou ne se sont pas avisés, ou n’ont pas su faire usage, pour avoir regardé d’un trop beau côté la chose du monde la plus pitoyable en soi. Il est constant que parmi les plus anciennes nations du monde, les unes tout-à-fait brutes et grossières, s’étaient forgées par un excès de stupidité superficielle ces étranges Divinités terrestres ; tandis que d’autres peuples moins insensés adoraient le Soleil et les Astres. Ces deux sortes de Religions, sources abondantes de la Mythologie Orientale et Grecque, et plus anciennes que l’idolâtrie proprement dite, paraissent demander divers éclaircissements que ne peut fournir l’examen de la vie des hommes déifiés. Ici les Divinités sont d’un autre genre, surtout celles des peuples Fétichistes, dont j’ai dessein de détailler la croyance, si ancienne et si longtemps soutenue, malgré l’excès de son absurdité. On n’a point encore donné de raison plausible de cet antique usage tant reproché aux Égyptiens, d’adorer des animaux et des plantes de toute sorte, [1] quibus hæc nascuntur in hortis Numina. Car ni les allégories mystiques de Plutarque et de Porphyre, qui veulent que ces objets vulgaires fussent autant d’emblèmes des attributs de l’Être suprême, ni le sentiment de ceux qui sans preuve suffisante posent pour principe que chaque Divinité avait pour type visible un animal que le peuple prit bientôt pour la Divinité même, ni le système d’un figuriste moderne qui en fait autant d’affiches, annonçant énigmatiquement au peuple les choses communes dont il avait déjà l’usage trivial, n’ont rien à cet égard de plus satisfaisant, pour les esprits qui ne se payent pas de vaines paroles élégantes, que la fable de la fuite des Dieux de l’Olympe en Égypte, où ils se déguisèrent en toutes sortes d’espèces d’animaux, sous la forme desquels on les adora depuis.

Il ne faut pas aller chercher bien loin ce qui se trouve plus près, quand on fait par mille exemples pareils qu’il n’y a point de superstition si absurde ou si ridicule que n’ait engendré l’ignorance jointe à la crainte ; quand on voit avec quelle facilité le culte le plus grossier s’établit dans des esprits stupides affectés de cette passion, et s’enracine par la coutume parmi les peuple sauvages qui passent leur vie dans une perpétuelle enfance. Mais ils ne se déracinent pas si aisément : les vieux usages, surtout lorsqu’ils ont pris une teinture sacrée, subsistent encore longtemps après, qu’on en a senti l’abus. Au reste ce n’est pas aux seuls Égyptiens qu’on pouvait faire un pareil reproche, Nous verrons bientôt que les autres Nations de l’Orient n’ont pas été plus exemptes dans leurs premiers siècles d’un culte puéril que nous trouverons généralement répandu sur toute la terre, et maintenu surtout en Afrique. Il doit sa naissance aux temps où les peuples ont été de purs sauvages plongés dans l’ignorance et dans la barbarie. À l’exception de la race choisie, il n’y a aucune Nation qui n’ait été dans cet état, si l’on ne les considère que du moment où l’on voit le souvenir de la Révélation Divine tout-à-fait éteint parmi elles. Je ne les prends que de ce point, et c’est en ce sens qu’il faut entendre tout ce que je dirai là-dessus dans la suite. Le genre humain avait d’abord reçu de DIEU même des instructions immédiates conformes à l’intelligence dont la bonté avait doué les hommes. Il est si étonnant de les voir ensuite tombés dans un état de stupidité brute, qu’on ne peut guère s’empêcher de le regarder comme une juste et surnaturelle punition de l’oubli dont ils s’étaient rendus coupables envers la main bienfaitrice qui les avait créés. Une partie des nations font restées jusqu’à ce jour dans cet état informe : leurs moeurs, leurs idées, leurs raisonnements, leurs pratiques sont celles des enfants. Les autres , après y avoir passé, en sont sorties plus tôt ou plus tard par l’exemple, l’éducation et l’exercice de leurs facultés. Pour savoir ce qui se pratiquait chez celles-ci, il n’y a qu’à voir ce qui se passe actuellement chez celles-la, et en général il n’y a pas de meilleure méthode de percer les voiles des points de l’antiquité peu connus, que d’observer s’il n’arrive pas encore quelque part sous nos yeux quelque chose d’à-peu-près pareil. Les choses, dit un Philosophe Grec, (Lamiscus de Sarnos) se font et se feront comme elles se sont faites : (…). L’Ecclésiaste dit de même : Quid est quod fuit ? ipsum quod futurum est. Examinons donc d’abord quelle est à cet égard la pratique des peu peuples barbares chez qui le culte en question est encore dans toute sa force. Rien ne ressemble mieux aux absurdes superstition de l’ancienne Égypte envers tant de ridicules Divinités, ni ne fera plus propre à montrer d’où provenait ce fol usage. Cette discussion dans laquelle je me propose d’entrer divise naturellement ce petit traité en trois parties. Après avoir exposé quel est le Fétichisme actuel des nations modernes, j’en ferai la comparaison avec celui des anciens peuples ; et ce parallèle nous conduisant naturellement à juger que les mêmes actions ont le même principe, nous fera voir assez clairement que tous ces peuples avaient là-dessus la même façon de penser, puisqu’ils ont eu la même façon d’agir, qui en est une conséquence.

P.-S.

Texte établi par PSYCHANALYSE-PARIS.COM à partir de l’ouvrage de Charles de Brosses, Du culte des Dieux Fétiches ou Parallèle de l’ancienne Religion de l’Égypte avec la Religion actuelle de Nigritie, 1760.

Notes

[1Juvenal. Sat. 15.

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