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Théophile Gautier

Dernier ajout – mercredi 18 octobre 2006.

Tarbes, 1811 - Paris, 1872


  • Théophile Gautier

    La Cafetière

    Conte fantastique (1831)

    18 octobre 2006

    « La pendule sonna une heure ; ils s’arrêtèrent. Je vis quelque chose qui m’était échappé : une femme qui ne dansait pas.
    - Elle était assise dans une bergère au coin de la cheminée, et ne paraissait pas le moins du monde prendre part à ce qui se passait autour d’elle.
    - Jamais, même en rêve, rien, d’aussi parfait ne s’était présenté à mes yeux ; une peau d’une blancheur éblouissante, des cheveux d’un blond, cendré, de longs cils et des prunelles bleues, si claires et si transparentes, que je voyais son âme à travers aussi distinctement qu’un caillou au fond d’un ruisseau.
    - Et je sentis que, si jamais il m’arrivait d’aimer quelqu’un, ce serait elle. Je me précipitai hors du lit, d’où jusque-là je n’avais pu bouger, et je me dirigeai vers elle, conduit par quelque chose qui agissait en moi sans que je pusse m’en rendre compte ; et je me trouvai à ses genoux, une de ses mains dans les miennes, causant avec elle comme si je l’eusse connue depuis vingt ans » (Théophile Gautier, La Cafetière).

  • Théophile Gautier

    Le club des Haschischins

    Œuvres (Romans et Contes) - Éd. Alphonse Lemerre, Paris, 1897

    17 juillet 2005

    « Alors je sentis un souffle froid à mon oreille, et une voix dont l’accent m’était bien connu, quoique je ne pusse définir à qui elle appartenait, me dit :
    - “Ce misérable Daucus-Carota, qui a vendu ses jambes pour boire, t’a escamoté la tête et mis à la place, non pas une tête d’âne comme Puck à Bottom, mais une tête d’éléphant !”
    Singulièrement intrigué, j’allai droit à la glace, et je vis que l’avertissement n’était pas faux.
    On m’aurait pris pour une idole hindoue ou javanaise : mon front s’était haussé ; mon nez, allongé en trompe, se recourbait sur ma poitrine ; mes oreilles balayaient mes épaules, et, pour surcroît de désagrément, j’étais couleur d’indigo, comme Shiva, le dieu bleu » (Théophile Gautier, Le club des Haschischins).

  • Théophile Gautier

    Onuphrius

    Ou les vexations fantastiques d’un admirateur d’Hoffmann (1832)

    16 octobre 2004

    « La fenêtre se ferma sur moi : j’aperçus assis dans une grande bergère à ramages un personnage des plus singuliers. C’était un grand homme, maigre, sec, poudré à frimas, la figure ridée comme une vieille pomme, une énorme paire de besicles à cheval sur un maître-nez, baisant presque le menton. Une petite estafilade transversale, semblable à une ouverture de tirelire, enfouie sous une infinité de plis et de poils roides comme des soies de sanglier, représentait tant bien que mal ce que nous appellerons une bouche, faute d’autre terme. Un antique habit noir, limé jusqu’à la corde, blanc sur toutes les coutures, une veste d’étoffe changeante, une culotte courte, des bas chinés et des souliers à boucles : voilà pour le costume. À mon arrivée, ce digne personnage se leva, et alla prendre dans une armoire deux brosses faites d’une manière spéciale : je n’en pus deviner d’abord l’usage ; il en prit une dans chaque main, et se mit à parcourir la chambre avec une agilité surprenante comme s’il poursuivait quelqu’un, et choquant ses brosses l’une contre l’autre du côté des barbes ; je compris alors que c’était le fameux M. Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, qui faisait la chasse aux farfadets ; j’étais fort inquiet de ce qui allait arriver, il semblait que cet hétéroclite individu eût la faculté de voir l’invisible, il me suivait exactement, et j’avais toutes les peines du monde à lui échapper. Enfin, il m’accula dans une encoignure, il brandit ses deux fatales brosses, des millions de dards me criblèrent l’âme, chaque crin faisait un trou, la douleur était insoutenable : oubliant que je n’avais ni langue, ni poitrine, je fis de merveilleux efforts pour crier ; et... » (T. Gautier, Onuphrius).

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