Textes des séminaires de Guy Massat sur « Télévision entrecroisé de Chan et de pensée chinoise » (année 2009-20110).
Cartel sur « Télévision »
7e séance (25 mars 2010)
14 mai 2010, par Guy MASSAT« Si nous traduisons “analyse” par libération, qu’est-ce alors qu’un psychanalyste ? Lacan nous dit : “le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même” (Silicet du 9/10/1967 et Lettre aux Italiens, de 1974), et non pas de “soi-même”, ce qui serait s’autoriser de sa propre réflexion. Cela signifie en outre qu’il ne dépend d’aucune autorité, d’aucun savoir, d’aucun Autre, mais de sa seule praxis, et de celle de quelques autres. Qui sont-ils ? Ce sont ses analysants. Le psychanalyste est un grand A barré. Et il n’y a pas d’Autre de l’Autre qui justifierait par sa sommité la position d’analyste. En ce sens, il n’y a pas d’analyste, mais seulement de l’analyse.
C’est-à-dire un processus de libération qui ne s’arrête sur aucune image. S’arrêter sur une image c’est perdre le mouvement, l’interdire, le changer en son contraire. C’est faire en sorte qu’Ulysse ne rattrape pas la tortue. L’analyste est donc quelqu’un qui réinvente à chaque fois son métier. D’où, comme dit Lacan “la psychanalyse est la mise en question du psychanalyste” (Écrits, p. 41). “L’analyste est en question même dans le silence” (Écrits, p. 359). La séance analytique est un processus de libération qui n’est attribuable ni à l’analyste ni à l’analysant. L’analyste est, pourrait-on dire, une sorte de libertaire ou de libertarien qui ne s’autorise que de lui-même. Que signifie auto ? Auto signifie le “même”, qu’on peut entendre comme “m’aime”, d’où “répéter ce n’est pas retrouver la même chose” (Séminaire XIV, p. 11). Ainsi, comme dit Aragon : “Tu peux m’ouvrir encore les bras c’est toujours la première fois.” La liberté donc ne s’autorise que de son propre désir. La liberté est libre même de ne pas être libre. » (Guy Massat, Cartel sur « Télévision »).
Cartel sur « Télévision »
6e séance (25 février 2010)
23 avril 2010, par Guy MASSAT« La psychanalyse, comme la cure psychanalytique, se définissent, tout au contraire par la mise en mouvement de l’inconscient. Certes, “analyser” c’est distinguer en les séparant les éléments d’un ensemble. Mais cette définition s’applique au sens second du terme analyse. C’est l’analyse du conscient. Soulignons encore une fois que le terme grec “analyse” a pour première définition : “libération” (Bailly). La psychanalyse n’est pas “la domestication de la vie instinctive”. Au contraire c’est la libération (analusis, αναλυσις) du souffle vital (psyché, ψύχη). Comment dit-on “souffle vital” en chinois ? On dit Qi (prononcez tchi) : 氣, comme dans Qi Kong 氣空, “souffle du vide”. Les graphies les plus anciennes du caractère Qi représentent des souffles qui montent et qui descendent nourrissant le ciel et la terre. Ciel et terre qu’on peut interpréter comme des images du signifié et du signifiant : s/S. Nous comprenons donc dès lors que Lacan distingue la fausse et la vrai psychanalyse. Rappelons-nous que l’IPA a interdit à Lacan en 1963 de tenir son séminaire sur Les noms du père (voir le Jacques Lacan d’Éric Porge, p. 295). Pourquoi interdire à Lacan « les noms du père » ? Parce qu’il y réduisait l’Œdipe à du langage et le père à la polysémie du signifié. L’inconscient est du langage, donc l’Œdipe est nécessairement une métaphore du langage. Ce n’est qu’ainsi qu’Œdipe est universel, et, véritablement “la source de toutes les névroses” comme disait Freud.
C’est par le langage qu’on peut casser l’œuf du langage qui nous emprisonne : l’œuf d’Œdipe. Les Grecs ne croyaient pas à leurs dieux. Ils savaient qu’ils ne représentaient que des mots. D’ailleurs le terme « mythologie » est composé de deux termes qui signifient chacun parole, muthos et logos. C’est la parole dans la parole. L’Œdipe ne dépend pas d’un modèle culturel et social ou d’une conception biologique de la famille. Si l’Œdipe a une famille c’est celle des mots. On naît foutu dans les mots. Nos pères et nos mères ne sont que des signifiants et des signifiés. Lorsqu’ils divorcent on a l’impression de ne plus rien comprendre. Pourtant c’est à ce moment que ça reprend la parole. D’où le conseil plein de bienveillance du Chan : “Si vous rencontrez vos parents, tuez-les” » (Guy Massat, Cartel sur « Télévision »).
Cartel sur « Télévision »
5e séance (28 janvier 2010)
14 février 2010, par Guy MASSAT« Ainsi par un retournement inattendu Onfray se retrouve dans la position du petit bourgeois refoulé sexuel. C’est un comble ! Comment est-ce possible ? C’est que le conscient incarne toujours ce qu’il dénonce. C’est sa malédiction. Dans son Traité d’athéologie Onfray se dévoilait déjà plus obstiné que l’obstination des religions qu’il dénonçait, c’est-à-dire encore plus mono-théiste ! Pourtant tout ce que dit Onfray est exact. C’est exact, mais ce n’est pas vrai. Car l’exactitude diffère de la vérité. Onfray est un savant, certes, mais c’est un ignare de l’inconscient. Un membre à part entière de la Samcda. De la psychanalyse il ne voit que la peau. La chair et tous ses organes, c’est Miller, en bon charcutier du langage, qui s’y connaît. Reste encore les os et la moelle de la psychanalyse. Mais ça, c’est une autre histoire… La critique de Freud par Onfray équivaut à tenter de déboulonner Christophe Colomb sous prétexte qu’il prenait Cuba pour le Japon et les Indiens pour des Hindous. Ça ne permet en aucune façon de contester au Génois la découverte de l’Amérique, même si Colomb disait, contre toute exactitude, qu’il s’agissait des Indes. Le débat se termine par une déclaration de Miller : « Je viens de créer l’université populaire de psychanalyse Jacques Lacan… Que vous ayez remis au goût du jour cette expression d’université populaire est un des éléments qui m’ont amené à lancer ce projet. Je vous en suis donc reconnaissant ». Onfray répond : “J’accueille cette réponse comme un genre d’hommage”. Hommage ? Rappelons-nous ce que dit Laotzi (35) : “Qui veut abaisser quelqu’un doit d’abord le grandir. Qui veut affaiblir quelqu’un doit d’abord le renforcer. Qui veut éliminer quelqu’un doit d’abord l’exalter.” Quant au terme d’université, populaire ou pas, revenons à ce que nous avons vu plus haut : “le discours universitaire produit du sujet insatisfait, $” quand, sous l’effet d’un effroyable destin, à la Œdipe, on confond l’inconscient et le conscient. Mais qui est le plus rusé des deux Miller ou Onfray ? » (Guy Massat, Cartel sur « Télévision »).
Cartel sur « Télévision »
4e séance (17 décembre 2009)
24 janvier 2010, par Guy MASSAT
Cartel sur « Télévision »
3e séance (26 novembre 2009)
16 décembre 2009, par Guy MASSAT
Cartel sur « Télévision »
2e séance (23 octobre 2009)
25 octobre 2009, par Guy MASSAT
Cartel sur « Télévision »
1ère séance (24 septembre 2009)
3 octobre 2009, par Guy MASSAT