« Évoquant le Parthénon, Lacan explique : « Comment imaginer ce qui remplissait les murs du Parthénon… C’est absolument incroyable que nous n’en ayons pas la moindre idée. Par contre, pour ce qui est du vide, nous en avons une grande, parce que tout ce qui nous est resté légué par la tradition qu’on appelle philosophique fait une grande partie au vide » (p. 88). Ce texte fait résonnance au fameux “trouble de la mémoire sur l’Acropole” quand Freud raconte son sentiment d’irréalité devant ce qu’il voit.
La parole c’est le vide (Heidegger) et les nœuds sont son écriture. D’où la topologie lacanienne. La parole produit et traverse n’importe quel nœud et transforme son nouage en un autre, sans qu’elle ne se laisse jamais enfermée. C’est cela l’interprétation, la compréhension. Telle est la topologie de l’inconscient, clinique lacanienne des nouages de la parole par ses néologismes. Cette topologie est l’écriture des événements formés et transformés par la parole, c’est-à-dire la règle fondamentale de la cure psychanalytique, l’association libre des mots ou, avec Lacan, la méthode des néologismes. Le néologisme, « alchimie du verbe », a la même efficacité pour le système inconscient que la chimie pour les organismes. D’une certaine manière c’est la pratique incestueuse des mots et la pratique de leur libération. En effet, dans le néologisme on sacrifie la fonction communicative du langage, autrement dit on tue le père, le sens, et l’on jouit de la fonction expressive du mot, la mère, ou inversement. La psychanalyse et le zen ne proposent pas des conceptions du monde, mais bien plutôt des conceptions de l’immonde, en tant que l’immonde est ce qui révulse la conscience, comme dit Freud. Le néologisme se base sur le son. C’est par sa résonnance que le néologisme transforme le sujet et le système inconscient. “Moi l’avérité, je parle”. “Il n’y a pas d’Autre de l’Autre”. C’est la dialectique du fini et de l’infini, du zéro et de l’infini que traduit si bien le nœud du fantasme où le zéro se transforme topologiquement en infini, et l’infini en zéro. Rien de plus ouvert aux transformations et à l’écoute des autres. Ça permet de mieux faire face aux malaises contemporains, aux misères modernes, jusqu’aux progrès techniques, et aux transmutations des m’ondes.
C’est dans Les annales de la transmission de la lampe (Xe s.) que l’on trouve la première définition du zen, en quatre points qui s’apparentent à la psychanalyse : 1/ une transmission spéciale en dehors des écritures (la psychanalyse aussi). 2/ Aucune dépendance à l’égard des mots et des lettres (la psychanalyse aussi). 3/ Plongez directement dans le cœur (l’inconscient pulsatif) de l’homme (l’association libre est la méthode directe pour plonger dans l’inconscient) et, 4/ réaliser l’éveil (éveil a pour étymologie wag, qui signifie vigueur du latin vigor qui signifie : force vitale, par quoi on désigne aussi en grec Psyché (le souffle vital) » (Guy Massat, Vraie et fausse psychanalyse).














