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Psychiatrie

Dernier ajout – mardi 4 mars 2008.

Bibliothèque des textes fondamentaux de la psychiatrie.


  • Richard von Krafft-Ebing

    Paranoïa sexuelle masturbatoire

    Traité clinique de psychiatrie (1897)

    4 mars 2008

    « La nuit, étant au lit, il a souvent la sensation que ses pieds et ses mains brûlent et qu’on lui retire son pénis du corps. Il sent qu’on lui dissèque le corps, qu’on en retire les tissus, qu’on introduit des objets dans différentes parties de son corps, qu’on enlève des os. Il se sent magnétisé, sa tête étant de métal.
    L’agitation croissante par suite de ces hallucinations nombreuses et pénibles a imposé la nécessité d’interner le malade dans un asile, alors que la maladie avait déjà duré deux ans. Le trouble continue à progresser. Il est magnétisé, électrisé ; il n’a plus de boyaux, les médecins lui font des passes électriques sur le ventre ; il sent une trompe d’éléphant sur son dos ; son manger descend dans ses testicules ; une scie spirale scie son corps ; on lui fait une perforation à l’ombilic ; des objets pointus s’enfoncent de tous les côtés dans son corps ; le lit oscille ; des machines et des couteaux lui sont enfoncés dans le corps ; il a une quantité d’hameçons de fer dans le corps, des dents y sont enfoncées.
    En même temps le malade est sujet à une foule d’hallucinations auditives. Devant la fenêtre on imite le chant du coq ; il entend dire qu’il est inguérissable, qu’il sera disséqué, que c’est lui le Juif-Errant, qu’il a tué d’un coup de fusil la femme du médecin. Les cloches lui parlent, les mouches aussi ; on lui dit ses propres pensées, des obscénités, on l’appelle chien sanguinaire ; dans chaque coup de cloche il entend son nom. À ses mots on accroche la syllabe finale Vieh (bête) ; il reçoit l’ordre de souffleter les gens de son entourage. La pendule lui crie : “Tu es en banqueroute.” Partout il entend des injures, il lui en vient même du soleil. Des influences télégraphiques sont évidemment en jeu. Il entend tomber des excréments humains du plafond.
    Des hallucinations de la vue aussi se produisent au cours de la maladie. Il voit tout dans son esprit, même l’intérieur de son corps. Il voit son nom flotter dans l’air. Tout dans la chambre est transparent. Il voit devant ses yeux les papillons d’une collection entomologique prendre leur vol et partir ; quand il essaie de lire, les lettres se sauvent devant lui à travers la fenêtre. Souvent ses visions ont aussi un caractère obscène : des parties génitales volent et planent dans l’air à travers la chambre : il voit des tableaux lascifs sur les murs. Dans une tasse de café il voit un jour une belle femme qui lui sourit. » (Richard von Krafft-Ebing, Paranoïa sexuelle masturbatoire).

  • Richard von Krafft-Ebing

    Mélancolie masturbatoire

    Traité clinique de psychiatrie (1897)

    3 mars 2008

    « Comme phénomènes dignes d’être notés il faut citer les accès d’angoisse épisodique surtout la nuit (par suite de neurasthénie cardiaque, angine de poitrine vaso-motrice) accès qui peuvent aller jusqu’au raptus mélancolique. Les tentatives de suicide sont tout à fait ordinaires chez ces malades. Il faut toujours s’y attendre. Souvent il arrive que soit par pénitence, soit par le vif désir de se sauver, le malade va jusqu’à se mutiler les parties génitales. L’incapacité de résister à l’impulsion enracinée et pourtant si redoutée de la masturbation, l’arrêt pénible de la volonté et des pensées sont souvent interprétés dans le sens qu’on est possédé par le diable, et dégénère en véritable démonomanie avec délire et hallucinations correspondantes.
    Avec une tare plus profonde il y a souvent de la malpropreté, impulsion aux choses répugnantes (manger des excréments, des asticots, avaler le contenu des crachoirs, etc.), raptus impulsifs, représentations obsédantes, délits primordiaux, ayant pour la plupart un sujet religieux (messie).
    Des transitions épisodiques vers la vésanie (hallucinatoire) ne sont pas rares dans la fouine neurasthénique de ces états. Les traits communs qui indiquent la cause spéciale de la maladie résultent de l’attitude molle, brisée au physique comme au point de vue intellectuel, du caractère insipide, du sentimentalisme qu’on rencontre souvent chez ces malades, de leur penchant à la religion et au mysticisme. » (Richard von Krafft-Ebing, Mélancolie masturbatoire).

  • Richard von Krafft-Ebing

    Paranoïa érotique (Érotomanie)

    Traité clinique de psychiatrie (1897)

    26 février 2008

    « Après un court laps de temps le malade s’aperçut qu’il était l’objet d’attentions de la part des dames de la maison. Voilà que l’intrigue se mit en train par ces femmes. Elles le maltraitaient en lui donnant des rébus à résoudre, se mêlaient de son affaire d’amour avec la baronne et lui faisaient des propositions. On lui disait qu’il avait maintenant trois fiancées. Le malade devenait de jour en jour plus confus par suite du grand nombre de ses hallucinations. Il recevait des nouvelles agréables sur le mariage et la dot et d’autres désagréables, des menaces de mort. II éprouvait des douleurs terribles dans les régions dorsale et lombaire ainsi que dans les extrémités inférieures et entendait les femmes de la maison dire : “Nous le tourmenterons jusqu’à ce qu’il épouse une de nous.” Une nuit on lui mit une couronne sur la tête. Elle était chaude et pendant trois jours lui brûla la tète. Il en sentait son cerveau retourné.
    La femme du cocher aussi était du complot. Un soir elle vint chez lui, à l’asile, avec son mari qui était déguisé en diable. Il sentait la main chaude de la femme du cocher. Il poussa un cri et fit le signe de la croix : tout disparut. Au cours de l’été, la femme d’un médecin lui a lancé à travers la fenêtre des reproches sexuels diffamants, entre autres elle l’aurait accusé d’être un étalon et d’abuser des juments et des vaches. Il avait encore d’autres symptômes d’agitation sexuelle : les femmes de la maison “l’ont malmené”, dit-il, de telle sorte que son membre est devenu raide, que l’éjaculation s’est produite et qu’il a senti des douleurs dans le dos (masturbation). Les femmes lui ont aspiré à tel point sa nature qu’il peut à peine souffler. Son cerveau aussi a été comprimé. Il entendait une de ces femmes aboyer comme un chien. Une nuit elle vint le trouver en passant à travers le trou de ventilation. Il ne la voyait pas, mais il sentait son corps maigre. Elle lui demanda un baiser. Comme il la chassait, un tintamarre du diable se fit entendre, mais cessa aussitôt qu’il se mit à prier. C’était évidemment une tentation du diable qu’il prétend avoir vu plus tard en chair et en os. » (Richard von Krafft-Ebing, Paranoïa érotique (Érotomanie)).

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