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Philosophie

Dernier ajout – mercredi 21 février 2007.

Bibliothèque des textes fondamentaux de la philosophie.


  • René Crevel

    Nouvelles vues sur Dali et l’obscurantisme

    Davos (décembre 1933)

    21 février 2007

    « Quant aux grands mythes, déjà, il les a incorporés à la petite vie d’où ils sont issus. Il faut que les dieux, les demi-dieux, les personnages fabuleux sortent de leurs gaines minérales, insensibles et tabou. Voici qu’Hermaphrodite a quitté le marbre où depuis plus de deux mille ans son corps unique et double demeurait frigorifié. Le voici rendu à l’âge, à la vie, le voici devenu vieux, devenu père et mère, maintenant.
    Parce que, seule, l’intuition permet aux seuls poètes de s’y retrouver dans le dédale des créations mythiques ou semi-mythiques, parce que l’inspiration seule sait trouver le lien qui unit les inspirations les plus étrangères en apparence et en fait communiquer librement, de plain-pied, les parties les plus éloignées les unes des autres dans le temps et l’espace, c’était bien à Dali de nous présenter ce vieux principe mâle, ce vieux principe femelle, ce vieil Hermès, cette vieille Aphrodite, l’Hermaphrodite de jadis, aujourd’hui métamorphosé en Guillaume Tell. Dans le Guillaume Tell de Dali, il nous faut reconnaître, sous son aspect le plus hallucinant, la “mère fantastique”, c’est-à-dire selon ce qu’ont su nous en apprendre les psychanalystes, la mère saillie par le père. Et voilà pourquoi Dali a décoré son Guillaume Tell de tout ce que l’un et l’autre sexe ont de spécifiquement saillants : pénis et seins de femme » (René Crevel, Nouvelles vues sur Dali et l’obscurantisme).

  • René Crevel

    Dali ou l’anti-obscurantisme

    Première édition : Paris, 1931

    17 février 2007

    « Ainsi, parce que Dali ne laissera jamais les brumes sentimentales obscurcir sa vision, ni tourner au brouillard son contraire, ce “grand cristal de roche de l’amour”, ce bloc lumineux de détails exacts, pose-t-il son regard sur les fables que l’humanité croyait définitives, sera, de ce fait, brisée la vêture traditionnelle qui les avait, de temps immémorial, paralysées. Comme Freud ressuscita OEdipe, il a ressuscité Guillaume Tell.
    Ce sylvestre personnage qui joue à l’arbalète avec une pomme sur la tête de son fils, et dont le sens paternel ne se révolte pas plus que celui d’Abraham sacrifiant Isaac ou Dieu le père Jésus-Christ, ce Guillaume Tell ressuscité dans des tableaux et des poèmes, couronné de roses, une poitrine de femme ballottant sur un torse contourné et la verge hors du caleçon, plus noueuse que ces branches, au long desquelles il grimpe, un pain entre les dents, parce qu’il mérite bien de donner son nom à quelque complexe, il aura le plus beau monument de simulacres au centre de la ville dialectique que les doigts, la plume, les pinceaux, la parole, les rêves, l’amour de Dali, à toute minute, métamorphosent » (René Crevel, Dali ou l’anti-obscurantisme).

  • Paul Janet

    Kant et Swedenborg

    La critique et le spiritisme

    12 août 2006

    « Ce fut chez Swedenborg une disposition toute spontanée, qui éclata par une crise à la suite de laquelle il fut entièrement transformé ; le vieil homme, à partir de ce jour, céda la place à l’homme nouveau ; la chair s’humilia devant l’esprit.
    - Ce fut Londres, en 1748, qu’eut lieu la première vision, ou, si l’on veut, la première hallucination de Swedenborg, et iI faut avouer que cette première initiation aux choses surnaturelles prit d’abord une forme assez prosaïque. Un jour, en effet, que Swedenborg était à table, dînant très tard avec un grand appétit, vers la fin de son repas, une sorte de brouillard se répandit sur ses yeux ; il vit la chambre se couvrir de hideux reptiles ; l’obscurité s’épaissit, puis, se déchirant tout à coup, laissa paraître dans un coin de la chambre un homme enveloppé d’une lumière radieuse, qui lui dit d’un ton de voix effrayant : Ne mange pas tant. On s’étonne qu’un envoyé de l’autre monde ait pris la peine de se déranger pour un avertissement aussi vulgaire. Mais Swedenborg le prit très au sérieux, et, n’ayant, à ce qu’il parait, aucune notion du phénomène appelé aujourd’hui hallucination, il pensa que ce qu’il avait éprouvé ne pouvait avoir aucune cause naturelle, et il commença à croire, sans en rien dire d’abord à personne, qu’il avait des révélations d’en haut » (Paul Janet, Kant et Swedenborg).

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