Francfort-sur-le-Main, 28 août 1749 - Weimar, 22 mars 1832
Johann Wolfgang von Goethe
Conte (1795)
7 octobre 2006« Ils se tournèrent vers le roi d’argent et s’inclinèrent devant lui ; sa robe brillait agréablement de leur reflet doré.
“Soyez les bienvenus, dit-il, mais je ne puis vous nourrir : prenez ailleurs votre pâture et apportez-moi votre lumière.”
Ils s’éloignèrent, et, passant devant le roi de bronze, qui ne sembla pas les remarquer, ils se glissèrent vers le roi mélangé.
“Qui régnera sur le monde ? cria-t-il d’une voix saccadée.
Celui qui se tiendra sur ses pieds, répondit le vieillard.
C’est moi ! dit le roi mélangé.
On verra, dit le vieillard, car le temps est venu.”
Le Beau lis se jeta au cou du vieillard, et l’embrassa avec la plus vive tendresse.
“Père saint, lui dit-elle, je te rends mille actions de grâces car je viens d’entendre, pour la troisième fois, la parole prophétique.”
Elle avait à peine dit ces mots, que ses bras s’attachèrent au vieillard plus fortement encore, car le sol s’ébranlait sous leurs pieds ; la vieille et le jeune homme se tinrent aussi l’un à l’autre ; les mobiles feux follets étaient les seuls qui ne s’apercevaient de rien.
On pouvait sentir distinctement que le temple tout entier se mouvait, comme un navire qui s’éloigne doucement du port, quand les ancres sont levées ; les profondeurs de la terre semblaient s’ouvrir devant lui, à mesure qu’il avançait » (Johann Wolfgang von Goethe, Le serpent vert).
Johann Wolfgang von GOETHE
Poésie et vérité, Première partie, Livre I
22 juillet 2006« Par une belle après-midi, que tout était tranquille dans la maison, je m’amusais dans la galerie avec mes plats et mes pots, et, comme je ne savais plus quel plaisir y prendre, je jetai un de ces jouets dans la rue, et je trouvai plaisant de le voir si drôlement brisé. Les Ochsenstein, qui virent comme cela me divertissait, au point que, dans le transport de ma joie, je battais de mes petites mains, me crièrent : “Encore !” Je n’hésitai pas, et vite un pot, et, comme ils ne cessaient de crier : “Encore !” tous les petits plats, les petites poêles, les petits pots, furent lancés à la file sur le pavé. Mes voisins continuaient à me témoigner leur approbation, et j’étais extrêmement joyeux de leur procurer du plaisir. Mais ma provision était épuisée et ils criaient toujours : “Encore !” Je courus donc tout droit à la cuisine, et je pris les assiettes de terre, qui, naturellement, offrirent, en se brisant, un spectacle bien plus drôle encore ; j’allais et venais ainsi, j’apportai les assiettes l’une après l’autre, selon que je pouvais les atteindre successivement sur le dressoir, et, comme ces messieurs ne se tenaient point pour satisfaits, je précipitai dans la même ruine toute la vaisselle que je pus traîner là. Quelqu’un vint, mais trop tard, pour m’arrêter et me défendre ce jeu. Le mal était fait, et, pour tant de poteries brisées, on eut du moins une histoire plaisante, qui fut surtout pour les malicieux instigateurs, et jusqu’à la fin de leur vie, un joyeux souvenir » (Johann Wolfgang von Gœthe, Poésie et vérité).
Johann Wolfgang von GOETHE
Par Joseph Bossi, Grand in-folio de 264 pages, 1810
10 décembre 2005« Le stimulant que l’artiste emploie pour émouvoir le saint et paisible souper, ce sont les paroles du maître. “Je vous le dis en vérité, l’un de vous me trahira.” Ces paroles sont prononcées, et toute l’assemblée s’agite. Jésus penche la tète, il baisse les yeux ; toute son attitude, le mouvement des bras, des mains, tout répète, avec une résignation céleste les funestes paroles ; le silence même fortifie cette déclaration : “Oui, il n’en est pas autrement, l’un de vous me trahira.”
Avant d’aller plus loin, développons un grand moyen par lequel Léonard a surtout animé ce tableau : c’est le mouvement des mains, et ce moyen, un Italien pouvait seul le trouver » (Goethe, La Cène de Léonard de Vinci).
Johann Wolfgang von GOETHE
Poème, 1797
8 novembre 2003