François Lenormant, Histoire ancienne de l’Orient jusqu’aux guerres médiques, t. I : Les origines. — Les races et les langues, 9e édition, A. Lévy, Paris, 1881.
Histoire ancienne de l’Orient
Vestiges matériels de l’humanité primitive (Chap. III, §6)
6 février 2009« Existe-t-il accord ou contradiction entre les données de la tradition biblique, corroborée par les souvenirs universels de l’humanité, et les faits positifs qui se sont inscrits dans les couches supérieures de l’écorce du globe, ou qui résultent des observations sur les vestiges de l’âge de la pierre polie ?
Remarquons-le d’abord, car on n’y songe généralement pas assez, le récit biblique et les découvertes de la science moderne sur l’homme paléontologique n’ont et ne peuvent avoir que très peu de points de contact. L’histoire des âges primitifs de l’homme y est considérée par deux côtés tout à fait différents. La Bible a principalement en vue les faits de l’ordre moral, d’où peut sortir un enseignement religieux ; la paléontologie humaine et l’archéologie préhistorique, par suite de la nature même des seuls documents qu’elles puissent interroger, embrassent exclusivement les faits de l’ordre matériel. Les deux domaines de la foi et de la science, comme partout ailleurs, se côtoient sans se confondre. […]
Eh bien, je le dis avec une profonde conviction, que chaque pas nouveau dans ces études n’a fait que corroborer, si l’on prend les faits établis scientifiquement par la paléontologie humaine en eux-mêmes, dans leur simplicité, en dehors des conclusions téméraires que certains savants en ont tirées d’après des systèmes préconçus, mais qui n’en découlent pas nécessairement ; si l’on examine en même temps le récit de la Bible avec la largeur d’exégèse historique que la plus sévère orthodoxie admet sans hésiter et que repoussent seuls ceux qui veulent à tout prix détruire l’autorité des Livres Saints ; la contradiction n’existe aucunement. » (François Lenormant, Histoire ancienne de l’Orient).
Histoire ancienne de l’Orient
Vestiges matériels de l’humanité primitive (Chap. III, §5)
17 décembre 2008« Il n’est guère moins frappant de trouver chez les trois familles de ’Ham, de Schem et de Yapheth la même notion symbolique, qui conduit à représenter le dieu démiurge, l’ouvrier des mondes, en sa qualité de dieu forgeron, sous les traits d’un nain grotesque et difforme. Qu’il s’agisse du Pta’h de Memphis quand il est envisagé sous le point de vue spécial de démiurge, des Patèques de la Phénicie ou de son Adonis Pygmaion (le dieu qui manie le marteau), de l’Hêphaistos homérique qui cache sa difformité dans l’île de Lemnos et dont la démarche et la tournure excitent le rire des immortels, ou bien encore du Mimir des Scandinaves, nous voyons toujours reparaître le même type consacré, qui est aussi celui des kobolds, des gnomes et d’autres êtres analogues dans les mythologies populaires, et qui semble une caricature des races qui les premières ont travaillé les métaux. Il y a là une conception commune aux peuples de ’Ham, de Schem et de Yapheth, et qui doit être rangée parmi les souvenirs que ces peuples ont gardés d’avant leur séparation.
C’est maintenant, après cette suite de remarques qui nous ont ramené au pied du plateau de Pamir, que nous pouvons apprécier à sa juste valeur la tradition biblique sur l’invention des métaux, et en comprendre la signification. Thoubal-qaïn n’est pas un individu au sens où nous l’entendrions aujourd’hui ; les traditions des premiers âges n’ont pas ce caractère précis, et c’est rapetisser la Bible, donner à ses récits un caractère puéril et en diminuer l’autorité, que d’envisager de cette façon les patriarches qu’elle place au début de la famille humaine. Ce n’est pas non plus un être mythique, une vieille divinité mal déguisée, une sorte de Vulcain, comme on aimerait à se le figurer dans certaine école. Thoubal-qaïn est une personnification ethnique ; mais elle détermine avec une merveilleuse exactitude l’âge, la race et le lieu de l’invention placée sous son nom. Ce nom de Thoubal-qaïn établit un rapport saisissant entre lui et le rameau métallurgique par excellence parmi la race métallurgiste des Touraniens ; en même temps, il est impossible de méconnaître la parenté qui le lie à celui des Telchines des plus anciennes traditions mythologiques de la Grèce. C’est encore dans le voisinage du ’Eden, c’est tout auprès des lieux où habite la famille de Scheth, celle qui deviendra la souche de ’Ham, de Schem et de Yapheth, que Thoubal-qaïn, descendant de Qaïn, se livre aux premiers travaux de son industrie, dans les lieux mêmes où le premier meurtrier est venu habiter après son crime. » (François Lenormant, Histoire ancienne de l’Orient).
Histoire ancienne de l’Orient
Vestiges matériels de l’humanité primitive (Chap. III, §4)
9 décembre 2008« Au reste, le fer météorique, qui n’a besoin d’aucun affinage, et qu’il suffit de fondre pour qu’il soit propre à former tous les instruments, a dû être partout travaillé le premier et donner le type du métal que l’on a cherché ensuite à tirer de minerais moins purs. Le langage de plusieurs des peuples les plus considérables de l’antiquité par leur civilisation, a conservé des traces de ces débuts de la métallurgie du fer, tiré de blocs dont on avait observé l’origine météorique. En égyptien, le fer se nommait ba en pe, « matière du ciel, » mot qui est resté dans le copte benipe, “fer ;” et des textes positifs prouvent que l’antique Égypte se représentait le firmament comme une voûte de fer, dont des fragments se détachaient quelquefois pour tomber sur la terre. Le nom grec du fer, [sidêros], nom tout à fait particulier, et qui n’a d’analogue dans aucune autre langue aryenne pour désigner le même métal, est évidemment apparenté d’une manière étroite, comme l’a reconnu M. Pott, au latin sidus, sideris, “astre ;” il désigne donc le métal que l’on a d’abord connu avec une origine sidérale.
[…] Ainsi que nous l’avons vu plus haut, la tradition biblique désigne un des fils de Lemech, Thoubal-qaïn, comme ayant le premier forgé le cuivre et le fer, donnée qui ferait remonter, pour certaines races, l’invention du travail des métaux à près de mille ans avant le déluge. Ce nom de Thoubal-qaïn est, du reste, extrêmement curieux, car il signifie “Thoubal le forgeron,” et, par conséquent, on ne peut manquer d’établir un rapprochement entre lui et le nom du peuple de Thoubal, dont la métallurgie prodigieusement antique est tant de fois citée par la Bible, et qui gardait encore cette réputation du temps des Grecs, quand, déchu de la puissance prépondérante sur le nord-est de l’Asie-Mineure que lui attribuent les monuments assyriens du XIIe siècle, il n’était plus que la petite nation des Tibaréniens. Une fois découvert, l’usage des procédés de la métallurgie ne se répandit d’abord que lentement, et resta longtemps concentré, comme un monopole exclusif, entre les mains de quelques populations dont le progrès, par suite de causes de natures diverses, avait devancé celui des autres. Les Chalybes, qui paraissent un rameau du peuple de Thoubal, étaient déjà renommés pour les armes et les instruments de fer et de bronze, qu’ils fabriquaient dans leurs montagnes, quand certaines tribus nomades de l’Asie centrale en restaient encore aux engins de pierre. » (François Lenormant, Histoire ancienne de l’Orient).
Histoire ancienne de l’Orient
Vestiges matériels de l’humanité primitive (Chap. III, §3)
25 novembre 2008
Histoire ancienne de l’Orient
Vestiges matériels de l’humanité primitive (Chap. III, §2)
10 novembre 2008
Histoire ancienne de l’Orient
Vestiges matériels de l’humanité primitive (Chap. III, §1)
29 octobre 2008
Histoire ancienne de l’Orient
Traditions parallèles au récit biblique (Chap. II, §6)
20 octobre 2008
Histoire ancienne de l’Orient
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15 octobre 2008
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9 octobre 2008
Histoire ancienne de l’Orient
Traditions parallèles au récit biblique (Chap. II, §4)
1er octobre 2008
Histoire ancienne de l’Orient
Traditions parallèles au récit biblique (Chap. II, §3)
24 septembre 2008
Histoire ancienne de l’Orient
Traditions parallèles au récit biblique (Chap. II, §2)
16 septembre 2008
Histoire ancienne de l’Orient
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8 septembre 2008
Histoire ancienne de l’Orient
Histoire ancienne de l’Orient (chapitre I)
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