« Wo es war soll ich werden, dit toujours Freud. Conformément à cette topologie le premier personnage que rencontre Alice sera donc naturellement la chenille Absolulem. Dans le mot chenille, en français, on entend chaîne. Chaînes et nœuds, constituent la topologie de l’inconscient selon Lacan. Une chenille ça fait des trous. Absolulem fait des ronds de fumée. Il fume pour montrer que tout se réduit à de la fumée. Comme le “ça”, la chenille crache des lettres et chante les voyelles A, E, I, O, U, qui sont le souffle secret des choses. C’est ce qu’avait si bien figuré Walt Disney déjà en 1951 (on peut en voir toujours des extraits sur internet). Comme toutes les chenilles, Absolulem se transformera en papillon. Ce qui illustre que le “ça” va toujours par delà comme le devenir.
Que dit Absolulem à Alice ? Il lui dit que lorsqu’elle sera « la vraie Alice » elle libérera le système inconscient du joug totalitariste et pétrifiant du Jabberwocky, Grand Autre au service du surmoi incarnée par la Reine Rouge. Il lui dit de ne pas se prendre la tête et de suivre « l’épée verpaline » du langage qui saura faire le travail à sa place. Autrement dit que la parole peut tout parce qu’elle devance tout. Il lui conseille ne “pense pas et laisse toi parle” ».
Dans la topologie de l’inconscient vient ensuite le cercle du moi, illustré par le chapelier fou et ses acolytes. Tout moi a toujours besoin, pour se présenter, d’un chapeau au sens propre ou au sens figuré. Aujourd’hui on a plutôt des cartes de visites. Le moi attend. Si fou soit-il, il est conservateur. Il représente les pulsions de conservations, disent les psychanalystes. Il attend depuis toujours assis à la même table, buvant le même thé, avec les mêmes personnes, le loir et le lièvre de mars qui sont ses “petits autres” (les i de a) : Le loir est l’aspect du moi qui dort toujours. Le lièvre de mars, représente l’aspect du moi qui est toujours fatigué, fourbu comme un lièvre de mars. Peut-être qu’en avril, il sera-t-il moins fatigué et moins maladroit ? En tout cas, ces trois représentants du moi passent le temps à tuer le temps en attendant le retour d’Alice, le sujet de l’inconscient. C’est que le chapelier fou était autrefois au service de la Reine Blanche (l’idéal du moi) mais le Jabberwocky de la Reine Rouge (le surmoi) a exterminé un jour toute sa famille de chapeliers. Depuis il ne sait plus guigandélirer, c’est-à-dire danser la danse du guigandélire. Pourtant, le chapelier fou est le seul à croire que notre Alice est la vraie Alice qui redonnera son souffle bienheureux au système inconscient » (Guy Massat, Lewis Caroll, Lacan et Tim Burton).













