« À l’examen physique, je note, outre la grande maigreur de la malade, que le colon gauche est encombré de matières semi‑liquides et que la tension artérielle est très basse. La malade est dysménorrhéique et son métabolisme basal a été trouvé très au dessous de la normale.
En somme, vieux syndrome de ptose des viscères, de l’abdomen et de stase colique ; déséquilibre évident du système vago‑sympathique ; dysendocrinie multiple touchant au bas mot les surrénales, la thyroïde et les ovaires ; et enfin, au rectum, des symptômes dont il faudra demander au radiologiste et au chirurgien de nous aider à éclaircir la nature.
Je me suis bien gardé de négliger cet état somatique. Quoique gêné aux entournures, quant à ma liberté thérapeutique, par les dogmes naturistes de Nina, j’ai essayé de lui prêter le secours des médicaments tant déconstipants (paraffine, agar‑agar, etc.) que nervins antispasmodiques (belladone) et qu’opothérapiques (adrénaline, agomensine, thyroïde). Et j’ai demandé, comme je viens de l’indiquer, une étude plus complète du syndrome ano‑rectal.
Je dois même dire que devant un tel tableau clinique je me suis félicité qu’en moi le psychanalyste fût, comme il devrait toujours l’être, doublé d’un médecin.
Mais était‑ce à dire que l’on eût tort de penser que cette malade pût être aidée par la psychanalyse ? Certes, non. En thèse générale, comme j’ai eu maintes fois l’occasion de le dire, et comme M. Parcheminey et M. Gilles l’ont également montré, les mêmes faits morbides peuvent avoir une face somatique et une face psychique s’offrant l’une et l’autre à l’action du thérapeute. Et dans le cas particulier, le syndrome psychopathique n’est pas absent. Sentiment d’être étrangère au monde, de ne prendre vraiment sa part d’aucun événement, inhibition de l’action, voilà ce que Nina avoue. Sans préjudice des troubles profonds, beaucoup plus graves, que révèlera ultérieurement la psychanalyse » (Édouard Pichon, Court document d’Onirocritique).













