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Arthur Rimbaud

Dernier ajout – vendredi 28 décembre 2007.

  • Arthur Rimbaud

    Les Étrennes des orphelins

    Poésies complètes, Éditions Léon Vanier, Paris, 1895

    28 décembre 2007
    Or les petits enfants, sous le rideau flottant,
    Parlent bas comme on fait dans une nuit obscure.
    Ils écoutent, pensifs, comme un lointain murmure...
    Ils tressaillent souvent à la claire voix d’or
    Du timbre matinal, qui frappe et frappe encor
    Son refrain métallique en son globe de verre...
    - Puis, la chambre est glacée... on voit traîner à terre,
    Épars autour des lits, des vêtements de deuil :
    L’âpre bise d’hiver qui se lamente au seuil
    Souffle dans le logis son haleine morose !
    On sent, dans tout cela, qu’il manque quelque chose...
    - Il n’est donc point de mère à ces petits enfants,
    De mère au frais sourire, aux regards triomphants ?
    Elle a donc oublié, le soir, seule et penchée,
    D’exciter une flamme à la cendre arrachée,
    D’amonceler sur eux la laine et l’édredon
    Avant de les quitter en leur criant : pardon.
    Elle n’a point prévu la froideur matinale,
    Ni bien fermé le seuil à la bise hivernale ?
    - Le rêve maternel, c’est le tiède tapis,
    C’est le nid cotonneux où les enfants tapis,
    Comme de beaux oiseaux que balancent les branches,
    Dorment leur doux sommeil plein de visions blanches !...
    - Et là, — c’est comme un nid sans plumes, sans chaleur,
    Où les petits ont froid, ne dorment pas, ont peur ;
    Un nid que doit avoir glacé la bise amère...
  • Arthur RIMBAUD

    « Je est un autre »

    Lettre à Georges Izambard (13 mai 1871)

    14 janvier 2006

    « Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ? Je veux être poète, et je travaille à me rendre Voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : je pense : on devrait dire : On me pense. - Pardon du jeu de mots.
    Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait !
    Vous n’êtes pas Enseignant pour moi. Je vous donne ceci : est-ce de la satire, comme vous diriez ? Est-ce de la poésie ? C’est de la fantaisie, toujours. - Mais, je vous en supplie, ne soulignez ni du crayon, ni - trop - de la pensée » (Atrhur Rimbaud, Lettre à Georges Izambard, 13 mai 1871).

  • Arthur RIMBAUD

    « Le poète est voleur de feu »

    Lettre à Paul Demeny (15 mai 1871)

    31 décembre 2005

    « Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène.
    Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs !
    (...) Il s’agit de faire l’âme monstrueuse : à l’instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s’implantant et se cultivant des verrues sur le visage.
    Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant.
    Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, - et le suprême Savant ! - Car il arrive à l’inconnu !
    (...) Je reprends :
    - Donc le poète est vraiment voleur de feu » (Arthur Rimbaud, Lettre à Paul Demeny, 15 mai 1871).

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